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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 12:43

 


img180Ma première confrontation avec Dieu eut lieu alors que je portais encore des culottes courtes, ou plus exactement alors que je commençais à porter des pantalons. J'étrennais des pantalons neufs, cela peut paraître  un pléonasme mais à cette époque, il m'arrivait d'étrenner des pantalons usés par d'autres. Parenthèse inutile à la compréhension du texte mais destinée à clouer le bec aux petits malins qui seraient fiers de déceler une incorrection.. Bref, ce jour là, j'avais bravé les interdits pour aller jour en costume du Dimanche. Et là! Catastrophe!. Quand on joue au football sur le trottoir faut toujours s'attendre au pire. Une chute venait d'ouvrir une brèche dans le tissu serré de mon habit. Je fermai les yeux, grimaçant à la douleur du genou écorché et j'appelai Dieu, en personne, à ma rescousse.

-Dieu, s'il vous plait, je ne regarde pas, faites que mon pantalon se recouse tout seul! Ma mère vas me tuer, et heu… je veux pas lui faire de la peine. Je ne dirais rien! Juré! Ne vous dérangez pas pour le genou, c'est pas grave, j'ai l'habitude.

Les yeux fermés je comptai jusqu'à cinq et portai mes doigts sur l'accroc toujours béant. Je me décidai alors à interpeller Dieu une seconde fois

-Dieu, s'il vous plaît, Je ne regarderais pas comme vous faites, mais réparez mon pantalon.. Je vous jure que je construirais une église quand je serais grand et.. je ferais ce que vous voulez.

Je lui laissai encore cinq secondes, le temps qu'il répare.. Pour quelqu'un qui vous construit un monde en une semaine ça me semblait suffisant. D'autant qu'avec une promesse jurée crachée pareille, le miracle était profitable. Une église contre une paire de pantalons neufs, à huit ans, que pouvais-je promettre de mieux?. Et bien non! Dieu ne l'entendit pas de cette oreille – a-t-il seulement des oreilles-. Et je me couchais le genoux couronné et le fondement vexé  et humilié par la fessée. (A Suivre)

 


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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 07:11

 Alors notre compensation filtrait dans le regard échangé avec mon frère, ressemblant à la solidarité des forçats aux costumes rayés. Nous murmurions doucement: "Karapas! Karapas! Karapas!" Mot maléfique, formule secrète, magique, qui transformait notre déception en sourire éphémère. L'humour ça aide même si c'est sur ton dos que tu te le fabriques.

–"Vous voulez les garder? " demandait mon père. Tu parles d'une question! On évoquait la chaleur, le pull manquant.. Nous aurions bien le temps de jouer aux doryphores tristes. (Cette année les carapaces étaient à rayures).

Surtout que je me plaignais, mais mon frèrot de quatre ans mon cadet, risquait de porter la mienne un ou deux ans de plus.

Je te parierais que sa venue au monde a inspiré à mes parents des réflexions du genre: "Il pourra profiter des habits du grand". D'autant que, bien sage, je n'usais pas, juste un peu mes baskets avec le foot.. Mais, mon père avait trouvé la combine, il les vulcanisait à chaque bâillement ou déchirure. Et lorsque abondaient les rustines, il les passait au brou de noix. Si, si, même que mes collègues moqueurs me demandaient si c'était du cuir. Imagine un peu les chaussettes après une bonne suée.. Bonjour la honte!

Un jour ma mère me proposa un manteau chic que je pourrais porter même pour aller en classe. Pelure crème, avec col noir en velours satiné, la classe! Je refusais, ce manteau je l'avais vu porté par un autre, le fils à des amis plus fortunés que nous. Pauvre d'accord, mais pas mendiant, un peu comme cette fille qui en classe traînait son caban avec les étiquettes de soldes, juste pour foutre la honte à sa mère et afficher sa condition. Génération rebelle! 

 Ces attitudes ont permis à mes parents une retraite  décente, dans une villa bien à eux. Mais la maison affiche aussi le tarif économique, ça les a bouffés cette peur de pas y arriver. Tu devines aisément les goûts, style dernières pages du catalogue de la Redoute, le bien nommé, mais la version 1960. Parce que chez ces gens là Monsieur, on ne jette pas! Cela leur grignote le temps qui leur reste à vivre. Paradoxalement le pognon les a pourris aussi. Pour en revenir à mon histoire, quand je retourne dans ma ville d'enfance, je peux me tromper dans les rues, les places, mais pas sur le magasin qui vendait les carapaces. J'ai même un peu peur d'être d'un coup transformé en scarabée.

 

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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 06:34

img166Les teintes claires, élégantes, que l'homme flattait avec talent devenaient trop salissantes dans la bouche de notre mère. Les blazers bien coupés, gracieux, ne méritaient pas que nous les portions vu notre turbulence et nos bagarres. Tu parles! Ces habits on ne les portait que le dimanche, et encore, fallait une occasion! Alors pas de risques de les froisser, vu que ces jours-là, en même temps qu'eux on enfilait l' ennui amidonné de cérémonies quasi-religieuses.

Finalement, fatigué, vaincu, le marchand avouait un "je vois ce qu'il vous faut!" Riche, au moins, du double sens. Et il ressortait victorieux de dessous les cintres brandissant des trophès soldés, dont il mentionnait en priorité le prix.Mon père soupesait et appréciait "c'est épais".

Déguisés en épouvantails, nous tournions sur nous-même, toute contestation était étouffée immédiatement par le vendeur "A ce prix-là, Madame!" Cet argument vengeur produisait toujours son effet, nous, nous avions vite pigè: c'était classé… Cette rigidité du tissu, son poids, ses couleurs fadasses, nous y avions droit! En plus, rigole pas où je me fâche: il fallait avoir les mêmes dans la même matière et colories avec mon frangin. On ne faisait pas assez gland comme ça sans doute, il fallait faire la paire!.

Ma mère commençait immédiatement à trouver les avantages: "Avec une pince là, en reculant les boutons…" Je me découvrais mince, je retrouvais ma taille…

"Avec un bon ourlet aux manches…" Tiens mes mains apparaissaient…

Puis, se retournant satisfaite: "Tu as vu Papa, il y a même des boutons de rechange cousus à l'intérieur" –Le luxe-

Mon paternel intervenait: "ça vous plait les petits?" Tu te marres déjà mais qu'est-ce que tu voulais qu'on lui réponde?  On avait bien essayé: "Hé ben, ça pèse et ça gratte!"

–Mais imbécile, c'est pour l'hiver, si tu le trouves lourd, c'est que c'est chaud, et ça gratte parce que tu ne portes pas de pull dessous!" L'estocade quoi! A SUIVRE

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2 mai 2012 3 02 /05 /mai /2012 17:36

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Te dire que mes vieux étaient radins, je peux. Souvent on culpabilise, on se répète qu'il y a des choses à taire, par pudeur, par respect ou pour ne pas avouer qu'on a été pauvres. Bon, d'accord, mais lorsque tu portes une croix tu peux dénoncer ceux qui t'y ont cloué dessus! Non? Bon! Disons alors que mes parents étaient  et demeurent toujours très économes. Ils nous fringuaient régulièrement au moment des fêtes. Avec mon frère on appelait ça"la journée des carapaces".

La porte du magasin poussée, nous connaissions le scénario par cœur.. Ma mère y allait d'un: "On vient habiller les enfants" . comme si on était à poil. Cette remarque  pouvait passer pour ridicule, puisque justement on se trouvait au rayon enfant. Là, le mec en costume chicos, mètre ruban autour du coup et pique-épingles au poignet, s'avançait rapidement vers nous pour prendre les mesures. Tout à fait le croque-mort zélé penché sur la victime pour étudier les dimensions de la caisse! Du moins, c'est comme ça qu'on le ressentait!Puis nous suivions l'employé obséquieux, persuasif et persuadé de nous trouver quelque chose de "comme il faut". Nous n'en doutions malheureusement pas. Nous voilà donc alignés devant un rayon entier de vestes pour mômes.

Ma mère commençait les hostilités:

-Un peu grand pour que ça fasse du profit.." Et de raconter que notre croissance n'étais jamais proportionnelle aux achats saisonniers. L'attaque du vendeur commençait par les fringues les plus chouettes, les plus chères aussi, et toute l'astuce maternelle consistait à trouver un prétexte pour ne pas acheter. Au fil des essayages, le vendeur glissait dans le fond du magasin. Résignés, avec mon frangin, nous savions où il fallait qu'il aille.. tout au bout, à l'endroit où l'accès difficile pouvait se traduire par " moche et pas cher" Mais il résistait le bougre, tel un poisson pris à l'hameçon, il luttait contre le flux inexorable de mes parents. Mais, rien à faire, ils ne lâcheraient rien.. A SUIVRE

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23 avril 2011 6 23 /04 /avril /2011 11:07

Je ressentis tout de même un petit malaise. Il allait falloir vivre avec méfiance, mon meilleur copain était prêt à m'escroquer pour 5 centimes! La valeur d'un superbe Malabar! Et l'instituteur consentait au même sacrifice, en me félicitant de surcroît.. Suspect tout ça. Quel monde compliqué que celui des adultes. Ensuite, il fut question de solidarité nationale, de générosité envers les défavorisés. Le maître distribua des carnets de timbres à vendre pour la campagne contre la tuberculose et la création de sanatorium. Des noms bien barbares à nos oreilles, plus habituées à entendre parler de poitrinaires et d'hospices.

 A la sortie des classes je rejoins Francis pour le rituel porte à porte.

-"Bonjour Madame, c'est pour les tuberculeux"

-"Ah les poitrinaires! (qu'est-ce que je te disais!) C'est combien?"

Francis allait répondre quand je l'interromps:

-"25 centimes le timbre Madame"

Elle ne comprenait pas le regard étonné de mon compagnon et nous achète deux vignettes.

-"Toi t'es gonflé" s'exclama Francis une fois la porte refermée.

-" Et mon bénef' alors?"

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La nouvelle fit le tour du village avec une telle rapidité que très vite, la bourse aux timbres est devenue significative. Se référant à la leçon du matin les cours montèrent joyeusement, les mas les plus éloignés touchaient le timbre pour 30 centimes, pareil pour les habitants du quartier haut. L'affaire prospéra tout le week-end, même pendant la fermeture de la bourse.

Le lundi, la classe débuta inhabituellement par une leçon de morale sur le vol. Il s'agissait de gains illégaux réalisés sur le dos d'œuvres charitables et civiques, attitudes crapuleuses émanant d'êtres abjects sans foi ni loi. Le maître drapé dans sa dignité et sa blouse grise finit par aborder le chapitre de la collecte pour les tuberculeux. Une gène pesante tendit l'atmosphère, en effet, très rares étaient les carnets vendus au prix réel. L'instituteur, qui par la sympathique rumeur publique, connaissait l'instigateur du forfait, vint se planter devant mon bureau.

-"Tu sais comment s'appelle ce que tu as inventé?"

-"…"

-"Tu as inventé une escroquerie" dit-il en détachant bien les syllabes.

A la façon dont le mot était prononcé, j'y devinais une signification horrible. Honte à moi! Honte à peine consolée par le fait d'avoir inventé quelque chose..

PAS TOUT A FAIT  LA FIN

Aujourd'hui, j'ai la conviction de ne rien avoir inventé du tout, pire je pense que j'ai beaucoup à apprendre.. La preuve:

Un pigiste de la "Gazette de Montpellier" a eu l'idée saugrenue de calculer à combien correspondait, en nombre de repas, les frais de bouche et d'hébergement des stars venues pour les concerts des Enfoirés. Cela représente 170 000 repas version  Restos du Cœur. Ah! Oui! Quand même! Résultat, notre pigiste est au chômage, mais l'histoire ne dit pas s'il ira aux Restos du Cœur ou faire la queue pour voir les Enfoirés.

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21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 06:32

 

"On va prendre un exemple" dit le maître d'école.. Sa petite taille, ses lunettes rondes, sa blouse griseimg728.jpg le recouvrant comme une housse de meuble, laissant dépasser des jambes de pantalons maigres et tirebouchonnées lui donnent un aspect désuet, une fragilité qu'on devine maladive, une timidité dans la démarche.. Aujourd'hui, la leçon de calcul porte sur les bénéfices. Et nos tronches de poupons biens nourris, plus préoccupées par la récré de toute à l'heure n'en saisissent pas les nuances.. Les godillots remplis de souvenirs de shoots victorieux, les poches gonflées de billes nous entraînent loin des terrains marécageux, peuplés des valeurs de notre brave monde, gain, profit, perte, crédit, enfin tout l'attirail nécessaire pour passer sa vie dans une épicerie à languir le client boulimique.. 

"Venez au tableau vous deux" .. Aie! Ça se complique le maître m'a désigné avec mon pote Francis. Il nous rejoint, portant un pot de fleur qu'il pose entre-nous sur le bureau.

"Voilà" dit-il "Francis tu as acheté 50 centimes ce géranium, et tu veux le revendre à ton copain. Combien tu lui en demande?"

"50 centimes Monsieur" répond mon copain.

"Mais tu n'y es pas du tout. Réfléchis! Tu l'as certes achetée a ce prix, mais tu t'en ai occupée, tu l'a soignée cette plante, tu l'as arrosée, taillée, entretenue, transporté et pris le risque de tout perdre"

Francis, muet, n'en revient pas d'avoir réalisé tout cela en si peu de temps. Et cette fois au renouvellement de l'interrogation il répond :"55 centimes" d'une voix plaintive, craignant de remettre en cause notre amitié par une telle arnaque.

"Bien" dit le maître, et se retournant vers moi " tu viens de l'acheter, combien tu me la revends?" J'ose à peine surenchérir à 60 centimes craignant de me faire traiter de voleur. Se chicaner entre élèves passe encore, mais avec le maître! Surtout que le géranium n'est pas une plante très délicate et que l'eau de la fontaine est gratuite. Mais, ça lui convient au petit homme gris. Et il se lance dans une explication compliquée sur le pourcentage des bénéfices qui dépendent de la fragilité de la marchandise. Enfin! Si tu as fait CM1 tu dois comprendre, sinon achète "capital". En regagnant ma place, j'entrevois le métier de commerçant d'un autre œil.. loin du dicton de mon grand père maçon, déclarant toujours gagner son pain à la sueur de son front… Asuivre.

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 10:43

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Mais au moment où la main vengeresse allait s’abattre sur lui, l’ogre poussa un juron terrible. La terre gluante venait de lui avaler une botte, et emporté par son élan son pied nu allât se planter dans la boue. L’homme se figeât, il retira son pied dans l’espoir d’en ôter la chaussette souillée, mais dans cette étrange acrobatie, il perdit l’équilibre et tomba dans la gadoue.

« C’est bien fait pour lui » fut maintenant hurlé par le camp des garçons, avec la force que donnait le souvenir d’oreilles douloureuses. Momond, notre héros, arriva à bout de souffle et reçut l’ovation qu’il méritait. Il leva les bras au ciel et montra un poing  vengeur aux choristes qui avaient souhaité sa perte et qui, maintenant, battaient en retraite sous le préau.

Sa sœur tempéra son ardeur :

-« Regarde tes chaussures ! Faut nettoyer tout çà ou tu vas encore te faire punir. » Nous mirent le peu de temps qui nous restait, avant la reprise de la classe, à éliminer les traces de boue sur nos chaussures.

Monsieur Lévi, notre maître, marqua un certain étonnement quand il nous vit nous présenter les mains encore humides, il n’était pas habitué à des excès de propreté de notre part. Un quart d’heure plus tard, quand la silhouette d’Octave vint se découper derrière le verre dépoli de la porte, les questions qu’il avait dû se poser allaient trouver une réponse.

Dans l’entrebâillement, Tatave apparut couvert de boue, maculé jusqu’aux moustaches, seules ses bottes et ses mains étaient luisantes. La casquette de travers, il raconta alors dans le détail toute l’histoire à son interlocuteur qui en devinait la  « chute ».

Je jetais un regard furtif à Momond qui, se découvrant une passion soudaine pour l’histoire, disparaissait tout entier derrière son livre grand ouvert. Les garçons tendaient l’oreille et baissaient la tête, les filles par contre affichaient de grands sourires et commençaient à se dissiper.

« Merci Octave, je vais les punir de récréation » conclut l’instituteur qui n’arrivait pas à prendre congé.

Ah ! Nous avions bien nettoyé nos chaussures ! Le dessus surtout, mais dessous ?.

Bref, nous fûmes trahis par nos semelles, ou plutôt, par la boue collée contre. Momond aurait pu planter des radis sous son siège, c’était de loin le plus gros propriétaire terrien de la travée.

-« La punition consistera à nettoyer tout cela avec un balai pendant la récréation, mais comme je vous soupçonne de mal le manier, je propose aux filles qui le désirent, de rester pour vous donner des ordres. Mais pas pour les aider ! n’est-ce pas Jeannette ? »

La sanction du maître ne souffrait d’aucune contestation, mais le comportement des apprenties mégères fut une humiliation terrible qui nous dissuada, pour un moment, de leur chercher querelle.

                                                                       FIN

Si j'ai publié ce texte c'est pour savoir si ça vous plait, c'est pas comme d'habitude, avec des grosses vannes, et un humour souvent noir. Dites moi ce que vous en pensez.. J'ai pas mal de réserves dans ce dommaine mais j'hésite à les publier..

 

 

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29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 17:01

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La grille geignit à nouveau, un petit cortège de filles s’avançait en papotant. En passant à notre hauteur, le plus difficile fut de ne pas éclater de rire, elles parlaient de nous en termes peu élogieux. Elles allaient nous payer ça !. En plus de la pluie de mottes, les hurlements barbares que nous poussâmes déclenchèrent, chez elles, une panique qui leur donna des ailes. A leurs cris aigus, répondirent les nôtres rauques qui se voulaient virils et victorieux.

La victoire fut cependant de courte durée, nous avions négligé, dans notre euphorie, de surveiller la grille et quand l’un  de nous cria d’une voix neutre « Tatave ! », la panique changea de camps.

Octave, l’homme à tout faire de la commune, cumulait les fonctions de balayeur, de jardinier, mais aussi celle plus répressive de garde. Autant dire que notre bête noire faisait autorité. Ses attributions le conduisaient parfois à nous ramener chez nous en nous tirant par les oreilles. Nos parents, confondus de honte nous réservaient quelques délicates attentions en privation ou en fessées diverses. Aussi c’est courbés en deux, comme des indiens devenus muets, que nous filions derrière la haie.

Seul Momond, parti faire la provision de mottes, décida de couper à travers champ. Mal lui en prit, les pluies de ces derniers jours rendirent sa progression de plus en plus pénible.

« Il s’enfangue ! » s’écria Olive en voyant notre copain, les pieds lourds de  boue collante, faire du sur place alors qu’Octave se lançait à sa poursuite.

Nous suivions la scène, protégé derrière le grillage qui délimitait le territoire refuge de l’école. Nos doigts se crispaient au fil de fer, nous encouragions notre ami de la voix. Les filles, de leur coté criaient déjà « c’est bien fait pour lui ». Seule Jeannette tremblait pour son frère : « On dirait le petit Poucet contre l’ogre et ses bottes de sept lieux ».


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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 16:55

img700.jpgA mon copain Olive, qui venait s’asseoir près de moi, je ne sus dire que deux syllabes : « C’est beau », alors qu’un nuage plus pressé que les autres apportait une nuance mouvante aux couleurs sablées des pierres.

-« On dirait un décor de théâtre » me répondit-il.

-« Tu es allé au théâtre, toi ? »

-« Oui, à l’opéra, avec ma tante voir Carmen »

-« Carmen ? La sœur de Manolo ? »

-« Mais non couillon ! Carmen c’est le titre de l’Opéra, comme Marius est le titre d’un film »

-« Excuse, j’y connais tchi à l’opéra »

-« Mais si, regarde ! »

Il se leva, les bras en l’air, dans l’attitude du torero qui va planter des banderilles et chanta :

-« Toréador !

Ton cul n’est pas en or

Ni en argent

Ni en fer blanc » et nous avions éclaté de rire.

Nous entonnions régulièrement ce refrain que la fanfare jouait les jours de courses à la cocarde.

-« C’est ça l’opéra ? » demandais-je interloqué.

-« Pas trop, non ! C’est vachement plus sérieux.. Bon ! Tu viens! On va chercher les autres ? »

Nous voilà partis, Je passais chez moi récupérer mon goûter avant de retrouver le chemin de l’école.

La petite grille franchie, une allée bordée de troènes nous conduisait au parc, notre parc, où nous espérions bien retrouver le reste de la troupe. Sur notre gauche, le champ qui nous servait de terrain de jeu venait d’être fraîchement labouré. A droite, un mur, longeant la végétation, était notre terrain favori de chasse aux lézards. Au bout de ce petit monde à l’abri des regards de nos parents, se dressait l’école, comme un prolongement naturel à nos jeux.

Arrivé à mi-chemin, un orage de terre, et mars n’y était pour rien, nous tomba sur la tête.

C’était « la guerre des trumes ».

Instinctivement, Olive et moi avions plongé à travers la haie. Derrière elle, nos copains, les mains remplies de mottes de terre, les fameuses « trumes », nous encourageaient à les rejoindre. Le jeu était simple : au grincement de la grille, il fallait se cacher et ne plus faire le moindre bruit, laisser passer les élèves devant nous, avant de les bombarder de « trumes ».

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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 16:59

img696Je m’asseyais dans sa chaleur, gravée dans la pierre,  avec l’impression de conserver une partie de son ombre, comme s’il me la laissait pour garder le village. Mon imagination travaillait pas mal, j’avais besoin de mystères, de légendes, d’ailleurs j’en entretenais une de bien personnelle : je cachais des trésors.

Dans une boîte de sardines bien nettoyée, dont ma mère, complice, avait à grand peine tenté de redonner au couvercle sa forme initiale, je disposais un petit soldat cassé entouré d ‘un  chiffon, une pièce de un centime, des graines de courges ou une vielle noix. Je tenais le tout fermé avec un bout de ficelle et profitais de la promenade dominicale pour enterrer mon trésor. Lubie de mars ?

J’allais toujours du coté du lavoir, la terre y était plus meuble pour ma petite pelle à pâtés. Là, à l’abri du mur, contre le fossé et au pied d’un arbre, avec comme seuls témoins le soleil et mon père, je creusais une petite sépulture, un temple secret fait de pierres plates et de brindilles, un abri à mémoire, où j’enfouissais mon trésor.

Puis, en guise d’oraison je restais là, planté, à contempler la plaine nîmoise. Des champs à perte de vue. Des champs cernés par des pelotons de cyprès militaires, bien alignés au garde-à-vous pour protéger les cultures du vent fou. Des pins, aux silhouettes plus fantasques, marquaient la présence d’un mas, d’une campagne. Quant aux platanes, ils bordaient la route à l’entrée et à la sortie du village. Je pensais à la foule de trésors cachés, aux pieds de tous ces arbres, par des générations d’enfants depuis le temps des héroïques gaulois.

L’air frais, le sifflement du vent, une odeur de futur printemps, un cheval tirant la charrue dans un halo bleuté sortant de ses naseaux, un homme besogneux s’affairant derrière lui, m’imprégnaient de sentiments nouveaux. Le ciel limpide, posé sur cet horizon plat aux teintes dégradées, n’y était sans doute pas étranger. Instants de quiétude ? Esprit bucolique ? je ne saurai répondre, mais les poésies apprises par cœur en classe me laissaient présager qu’un lien particulier nous unissait à la nature...

Assis à la place du papé, solitaire comme une sentinelle, je ressentais la même émotion, je savais que ces images s’incrustaient en moi pour toute la vie. Ces façades lépreuses, ridées de fissures mal colmatées, éclairées par cette lumière horizontale prenaient des airs de somptueux monuments romains, derrière elles, un ciel de cendre les couvait d’une ouate inquiétante.

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Pour les sceptiques lire les com dans la rubrique
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