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Dessins d'actu, de presse, d' humour .. Chroniques lunaires.. Dieu à temps perdu

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BOB

Bob ne supportait pas qu’on l’appelle comme ça,  Robert était son prénom, mais même là,  il n’aimait pas qu’on l’appelle ainsi. En fait il n’aimait pas qu’on l’appelle tout court ! C’était un garçon étrange qui passait sa vie assis sur le parapet du pont qui enjambe le fleuve. Il restait là, matin et soir, le regard fixé dans le lointain comme s’il cherchait à remonter jusqu’à la source.  A 30 ans, il vivait encore chez ses parents, mais n’allez pas croire qu’il était timbré, allumé du cigare ou fêlé de la cafetière, non, il était tout à fait en bonne santé physique et mentale. Il était même d’une intelligence supérieure à la moyenne, il avait eu son Bac avec mention  Très Bien, c’est d’ailleurs de là qu’était apparu ce comportement bizarre. Ses parents lui avaient inlassablement répété la même phrase.

-Passe ton Bac et tu ferras ce que tu voudras après ! Et c’est ce qu’il a fait ! Il avait décidé de ne rien faire, ou plus exactement de faire rien, comme il disait. C’est-à-dire qu’il considérait le rien sans son côté négatif, au contraire comme un acte positif. Le tout du rien et non le rien du tout. C’est dur à suivre, je sais, mais mention Très Bien au bac quand même. Bref il passait sa vie sur ce bout de parapet tous les jours. Sas parents se désespéraient un peu mais, sans être des nantis, ils pouvaient assumer le gite et le couvert sans problème. Sa vie de vieux garçon se partageait entre le pont et la lecture. Pas de portable, pas de télé, pas d’autre loisir que l’eau du fleuve où ses parents avaient peur qu’un jour il se jette. 

Comme ça faisait près de 10 ans qu’il était là, tous les jours, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige, qu’il canicule, les villageois, les automobilistes qui passaient là régulièrement se posaient  des milliers de questions. Questions sans réponses, sans réponses compréhensives en tout cas. Il fallait admettre que Bob avait un don pour ça. Certains ont des doigts d’or et sont de remarquables bricoleurs, d’autres ont la main verte et sont d’excellents jardiniers, lui, avait sans doute un gros poil dans la main et l’assumait.  On parlait maintenant du « pont du sphinx », tellement cette attitude était énigmatique. Plusieurs avaient essayé d’engager la conversation avec lui et en revenaient un peu rêveurs.  Son ami d’enfance Joël, qui lui aimait bien qu’on l’appelle Jojo, avait tenté d’éclaircir le mystère, il rapporta, à qui voulait bien l’entendre, son dialogue avec Bob.

-Tu fais quoi sur ce pont ?

-Rien

-C’est pas grand-chose !

-Non, c’est Rien !

-Et tu t’ennuis pas ?

-Si, mais j’aime ça !

-Tu n’as pas l’impression de perdre ton temps ?

- Pas du tout, au contraire, je le vois passer secondes après secondes.

-Comme tout le monde !

-Non ! Combien de fois dis-tu « je n’ai pas vu le temps passer» surtout quand tu arrives en retard !

- Toi, ça ne risque pas de t’arriver, tu n’as rendez-vous avec personne.

-Si, avec moi-même et le fleuve.

Et le dialogue avait continué jusqu’ à l’étourdir. Jojo comprit alors qu’allait se construire une légende autour de son copain, déjà des artistes venaient le peindre, le prendre en photo, des articles dans des revues d’art lui étaient consacrés. On parlait du Singulier Mouvement Statique. SMS majuscule en opposition aux sms.

Et puis un jour, tous ces gens-là furent surpris de ne plus le voir sur le pont. Comme si un parapet désert était quelque chose d’incongru. La nouvelle se rependit dans le village.

Jojo inquiet alla voir ses parents. Il redoutait le pire, mais il les trouva souriants.

-Va le voir ! Il est dans sa chambre, il écrit sans arrêt !

Après avoir toqué à la porte de la chambre et entendu un oui étouffé, il entra. Là sous ses yeux des dizaines de feuilles imprimées. Il en prit une et lut :

- Bob ne supportait pas qu’on l’appelle comme ça,  Robert était son prénom…

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T
il a trouvé comment subvenir à ses besoins quand ses parents ne seront plus là !
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K
je sais pas... J'ai écrit çà d'un seul jet, une relecture et voilà! Y a-t-il une morale! Tout vient à point à qui sait attendre!