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13 novembre 2020 5 13 /11 /novembre /2020 08:04

Cinquante ans après, je suis retourné dans « mon » village. Même s’il n’est pas trop éloigné de mon domicile, une cinquantaine de kilomètres, j’n’y vais  que très rarement. Quatre, cinq fois depuis que je l’ai quitté à l’âge de  huit an. Je n’aime pas être saisi par cette nostalgie qui me transporte vers une mélancolie passive et douloureuse. Je suis retourné au lavoir. Même si l’urbanisation à tout bouleversé, le cœur du village, n’a pas trop changé, il s’est embelli même, les modestes maisons sont plus pimpantes qu’alors. Les murs moins lépreux n’hébergent plus mes amis lézards. Je longe les arènes maintenant construites en dur. A l’époque elles n’étaient faites que de bois et nous nous y faufilions pour jouer aux raseteurs avec les camarades taureaux, index pointés sur leur tête … J’aperçois la silhouette du lavoir.  Mais fini le lavoir, c’est une salle collée aux arènes maintenant, sans doute afin d’y stocker du matériel ou de servir de vestiaire aux raseteurs. Fini le ruisseau aussi, canalisé dessous sans doute.  Où sont passés les grenouilles, têtards, tritons… ensevelis sous le béton sans doute. Maigre consolation le lavoir a donné son nom à la rue : « rue du labadou » c’est tout. Je me suis adossé au mur, j’ai alors fermé les yeux. Très vite j’ai senti l’odeur du savon, entendu le claquement des draps étendus, puis sont venus les rires de femmes, ensuite Momond m’a interpellé « viens voir ce malabar de crapaud, on dirait un monstre » Sous mes paupières, maintenant humides, mes aurores boréales sont venues me visiter et se sont mises à danser.

LA C’EST BIEN FINI

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12 novembre 2020 4 12 /11 /novembre /2020 17:15

Pendant les vacances d’été, les jours de lessive, j’accompagne ma mère au lavoir. Je porte solennellement la brique de savon, un gros cube estampillé « Savon de Marseille » écrit en relief dessus. Ma mère, elle, se charge de la banaste (grosse corbeille en osier) remplie du linge sale et met la planche à laver dessus. En fait, c’est une précaution contre le mistral qui risque d’arracher un sous-vêtement sale et le promener dans la rue principale. Arrivés en vue du lavoir on entend déjà les voix des femmes qui raisonnent, des rires parfois, des coups de battoir. J’aime cette ambiance exclusivement féminine,  qui sent le savon et le propre. Les planches sont posées sur le rebord, incliné à cet effet, du deuxième bassin, le linge sale est mouillé puis doit subir la torture du savon qui l’écrase sur le bois ou pour certaines qui le mettent en boule, les coups de battoirs. Puis pour le rinçage, c’est le premier bassin qui est utilisé. Tout ça dans la gaité, les rires. Je laisse trainer mes chastes oreilles, mais je ne comprends pas toujours pourquoi elles rient. Il est question de « polichinelle dans le tiroir »,  de « devoir conjugal bâclé », des « cornes du boucher »…Et puis de temps en temps les plus jeunes entonnent des chansons de Tino Rossi et finissent par s’asperger en criant. Une ambiance de récréation. Une fois le linge essoré et étendu, nous retournons à la maison. Ma mère craignant les vols ramène le linge humide  pour l’étendre dans la cour, comme ça pèse plus lourd je porte la planche en bois Cette planche est un de mes terrains de jeu, un « cargoldrome », comme dit le voisin,  où j’organise des courses d’escargots. C’est une sélection impitoyable, les petit-gris les plus véloces échapperont à la recette catalane. Mais un drame s’est produit dans mon écurie de champions. Pour mieux les reconnaitre je les avais peints à la gouache, le résultat fut terrible : tous morts de s’être montés les uns sur les autres et d’avoir mangé les couleurs… Je suis donc retourné au petit ruisseau du lavoir pour renouveler mon cheptel et dégotter de nouveaux champions, prêts à traverser la planche en moins d’une demi-heure.  Cette fois, j’ai promis la liberté aux vainqueurs…Alors ! Prêts pour la liberté ! Partez ! 

PRESQUE FIN

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9 novembre 2020 1 09 /11 /novembre /2020 16:58

Dans le village de mon enfance existait un endroit magique. Enfin surtout pour moi qui allais y jouer régulièrement. La magie, lorsqu’on est enfant va parfois se nicher dans des lieux communs, ordinaires, là c’était le lavoir municipal. Je m’y rendais souvent après le repas du midi, j’y attendais mes copains. La bâtisse ressemblait à ces maisons de poupées construites sur trois côtés. Son toit abritait deux grands bassins. Le premier, alimenté en eau en permanence par un tuyau recourbé qui faisait chanter un agréable glouglou, se déversait dans le second qui a son tour versait dans une rigole qui partait en serpentant dans le pré et allait se jeter dans un grand fossé. Là, bercé par le clapotis de l’eau, je contemplais les reflets de l’onde sur les murs. Des reflets argentés, aurait chanté  Charles Trenet, des reflets en perpétuels mouvements, j’agitais parfois l’eau pour les voir se mêler, s’entrelacer, s’affoler même, c’étaient mes aurores boréales à moi. Une féerie de lumière sur le mur sombre du bâtiment. Il m’arrivait d’y crier très fort pour entendre l’écho résonner. Mais notre terrain de jeu était le petit ruisseau qui s’en échappait.

 Ce petit ruisseau, nous y jouions régulièrement avec mon copain Momond, qui le connaissait par cœur. Grenouilles, tritons, sangsues y prospéraient, sans oublier bien sûr les têtards qui furent à l’origine d’une polémique virulente. En effet, il en fut trouvé dans le bénitier de l’église et le scandale éclata. Le curé dénonça une manœuvre blasphématoire des enfants de l’école laïque, manipulés par les diables rouges qui leurs servaient de parents indignes. Tous les soupçons se portèrent sur l’ami Momond. En fait il était pratiquement innocent, oui pratiquement, il n’avait fait que renseigner les grands de la classe de fin d’étude sur l’endroit où ils pouvaient trouver ces minuscules bestioles. Cette farce était destinée à se moquer des grenouilles de bénitier et les gamins de l’école catholique, ne furent pas les derniers à en rigoler.      

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17 mai 2019 5 17 /05 /mai /2019 14:50

Je n’ai pas été élevé chez les curés, comme certain(e)s le pensent. J’ai eu la chance d’avoir des parents communistes. Communistes mais pragmatiques, ils m’ont envoyé au catéche, au cas où. J’ai même fait ma communion solennelle. En aube blanche, en plus ! J’te dis les curés aimaient s’habiller en robe, il n’y a que les talons aiguilles qu’ils n’osaient pas chausser, enfin, pas quand ils montent en chaire, la chaire est faible, tu le sais!. Pour réussir sa communion, fallait faire la « retraite » pour préparer l’ « événement ». Tu parles si on se faisait caguer à bouffer du bon Dieu toute la journée. Je m’étais mis à dessiner, j’ai toujours fait ça au catéche, et comme je dessinais des petits Jésus, je n’ai jamais été interrogé (Dieu existerait-il ?). L’abbé qui nous enseignait la foi, me foutait une paix royale. Le catéche passait comme un cours de dessin et donc je progressais. Et ce jour là, j’ai entendu sur mon épaule la voix suave de l’abbé Benoît, celui en charge de la retraite, « c’est un don de Dieu ! » s’exclama-t-il en voyant mes oeuvres,.Tu parles ! j’avais envie de rajouter une quequette  à l’âne que je venais de dessiner, mais j’ai pas osé. Je voulais pas le complexer. Et l’autre qui s’extasiait ! Je vais te dire : dessiner des toges, ça aide bien quand tu débutes surtout si tu pompes sur les images pieuses..  Il s’est mis à m’avoir à la bonne  (du curé, bien sûr) et venait reluquer dés que j’avais fini un personnage. « c’est un don de Dieu ! » répétait-il, comme si moi, je n ’y étais pour rien.. L’enfoiré !.

La « retraite » à 14 ans c’est chiant. Voilà que le père Benoît veut nous faire répéter la procession. Allez ! Zou ! tous en aube, et comme notre frustration de ne pas taper dans un ballon est immense, le Padre nous confia le trésor du lendemain : les cierges flambants neufs, enfin, flambants non, il fallait pas les user, pas les salir, afin qu’ils soient purs comme l’immaculée contraception comme on disait en rigolant dès qu’il avait le dos tourné.. Il nous recommande d’en prendre bien soin parce qu’ils coûtent chers.. Les cierges font au moins 60 à 80 cm de haut, à leur base une petite collerette en carton pour pas que tu te brûles avec la cire fondante, et pour pas que tu foutes le feu à l’aube. Franchement ça la foutrait mal si un communiant prenait feu comme un vulgaire bonze vietnamien. Tous dans la cour en rang d’oignon à chanter « Je m’avancerais jusqu’à l’autel de Dieu.. » Nous on croyait que c’était l’ hôtel de Dieu, avec Saint Pierre qui gardait les clefs. Et là d’un coup le père Benoît, sans doute pris par une violente envie de caguer, nous abandonne précipitamment. « Continuez à chanter je reviens de suite »… Et de suite ça a donné ça « Je m’avancerais jusqu’à l’autel de Dieu, au gallot ! son nom il le signe à la pointe de l’épée d’un Z qui veut dire Zésus ! Zésus ! Zésus ! . A SUIVRE UN FINAL TERRRRIBLE    

 

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25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 07:08

img424.jpg 

Le grand soir arriva enfin, une soirée d'été où nos pères enfilèrent leur épaisse canadienne de cuir, les moufles qui allaient avec, et au comble du fou rire, l'un un casque à visière intégrale, l'autre une corbeille métallique grillagée en guise de heaume. Ainsi bardés, ils se répartirent les tâches. Notre voisin, qui avait confectionné un trident artisanal pour la circonstance, tiendrait la porte entrebaîllée pour laisser croire au Diable a une issue et permettre de le coincer et ainsi de le châtier sans risque. L'épopée sauvage pouvait commencer.

Nous fûmes confinés à l'abri derrière la porte de la cuisine. Tout commença par des miaulements d'intimidation, puis des coups sourds qui d'après les jurons lâchés ratèrent leur cible. Des boites de visserie dégringolèrent des étagèrent dans un bruit de pluie métallique. Une lutte âpre se déroulait dans le couloir,, le chat avait bondi sur ses agresseurs. Malgré leur protection, on sentait bien que la cause n'était pas gagnée. Puis ce fut un cri de déchirement, le trident avait frappé juste et la porte d'entrée claqua.

Le silence fut vite rompu avec le retour des gladiateurs d'opérettes, couvert de sueur, soufflant comme des sangliers. Il l'avaient eu! Enfin, il avaient réussi à l'atteindre avec le trident et étaient convaincus qu'il ne reviendrait pas de sitôt. Cependant ils  craignaient un peu la réaction  du papé Cambolive, qui aura vite déduit que le châtiment infligé à l'animal venait de chez nous. Le vieil homme n'impressionnait pas que les enfants.

Après le repas, nous sortîmes tous dans la rue pour prendre le frais. Et là, nous apprîmes la nouvelle qui soulagea tout le monde. La voiture de monsieur Ravenet avait écrasé le Diable qui s'était littéralement jeté sous ses roues. "Le bon Dieu fait bien les choses" avait conclu ma mère et la soirée n'en fut que plus délicieuse…

Le  lendemain alors que je faisais une tentative de recensement de trous de fourmis dans mon périmètre de jeu, j'entendis le bruit de la canne sur les barreaux de la souricière.  Le Diable mort, la cruauté continuait avec la même mise en scène. Seule différence au tableau, un autre chat s'avança à la place du manquant. Le coup de canne qu'il reçut lui fit comprendre que le papé Cambolive portait toujours le deuil de son maudit animal. Et pour la première fois je l'ai plaint

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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 12:55

img420Moi dont les distractions avec les animaux se limitaient à de paisibles courses d'escargots ou à l'étude approfondie, quelque peu paresseuse , de la vie des fourmis, j'avais du mal à concevoir tant de cruauté calculée. Mes grands parents tuaient bien des lapins et des poulets de leur poulailler, mais ils procédaient rapidement, sans mise en scène , sans plaisir en tout cas, presque à contre cœur et jamais inutilement. Là, avec cette complicité sanguinaire avec l'animal, l'homme dépassait la bête en férocité. Le Diable portait bien son surnom.

Mais ce n'était pas le seul grief que l'animal suscitait. Il avait pris l'habitude de passer ses nuits chez nous. Il s'introduisait dans la maison vétuste que nous partagions avec nos voisins. et y fondait  royaume dans les dépendances communes. Des pièces borgnes servant de débarras, d'atelier, de garage à vélo conduisaient à un endroit sordide: les toilettes à la turque. Un réduit qui me hantait lorsque je devais affronter seul ce gouffre de puanteur où j'imaginais le diable, le vrai celui-là, tenir boutique. En attendant son compère à quatre pattes s'y réfugiait parfois augmentant ma terreur.Cet univers nous effrayait tellement, ma petite voisine et moi, que l'on ne s'y aventurait qu'ensemble en nous parlant bien fort. Mais lorsque de derrière le cadavre désossé d'une moto montait  une plainte lugubre, le courage nous manquait et nos petites jambes fonçaient se réfugier dans la cuisine pour y retrouver nos parents.

Nos mères mirent leur maris en demeure de nous débarrasser de ce perturbateur. Non content de nous épouvanter, l'animal perturbait aussi leur sommeil en miaulant une partie de la nuit et en période de chaleur, il laissait derrière lui une odeur de fin du monde. La chose était entendue, les hommes relevèrent le défi, mais méfiants, ils fourbirent leurs armes.

Plusieurs fois ils avaient chassé l'animal de leur territoire de bricolage, mais toujours dans la crainte de griffures ou de morsures. Le Diable n'hésitait pas à faire face et à menacer, mais un chat, même à moitié fauve ne pouvait pas imposer sa loi. On allait voir ce qu'on allait voir!

 

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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 07:27

img420.jpgCela se passait au milieux de la matinée, le vieil homme sortait de chez lui portant une cage souricière à sa main. Comme au théâtre il frappait les trois coup avec sa canne, puis il descendait doucement les marches du perron et s'essayait sur l'avant dernière. A ses pieds les rats et les souries piégés poussaient de petits couinements, les bêtes les plus robustes, debout sur leur pattes arrières passaient leur museau à travers les grilles..

Bientôt, venus sans bruit, les chats s'installaient  en demi cercle autour de la souricière à une distance que le vieux Cambolive faisait respecter à coups de canne. Un seul chat restait en avant, un noir au pelage terne, couvert de gale, un flibustier de la gouttière, les oreilles en dentelles, la tête couverte de plaies et la queue cassée en forme d'éclair. Nous l'avions surnommé "le diable". Agile, bagarreur, voleur, il semait la panique dans le quartier et ne trouvait de la sympathie qu'aux yeux du vieil homme. Le spectacle pouvait commencer, tous les acteurs étaient en scène.

Le vieil homme libérait en premier le  plus gros des rongeurs. Au bout d'un demi mètre de liberté, sa vie ne lui appartenait déjà plus. Le diable s'était jeté sur lui et dans une courte bataille lui brisait les reins. Les cris aigus de la pauvre bête me faisaient  frissonner. Aussi abjectes que soient ces créatures, mi rat d'égout, mi rat des champs, j'éprouvais pour eux une réelle pitié. Mourir dans les griffes d'un chat  me paraissait le supplice suprême. Surtout que le diable consommait sa  victime sur place. La bouche gluante de tripes chaudes, il regardait la suite de la représentation.

Le vieux ouvrait alors grande la cage, libérant d'un coup les prisonniers qui se déployaient en éventail, il s'en suivait un carnage sans nom. Les chats se jetaient dans la mêlée, se disputant leur proie, se battant entre eux, sans toutefois perdre de vue leur déjeuner sur pattes. La tuerie se poursuivait au milieu de la chaussée sous les miaulements rauques de ceux qui défendaient leur prise. En quelques secondes les choses étaient réglées et les félins retournaient à leur poste de vigie, une proie dans la bouche pour les plus véloces.

Le Diable qui avait le premier fini son repas, revenait vers la souricière d'ans l'espoir d'y découvrir, et c'était souvent le cas, une sourie égorgée par ses compagnons de captivité. Le papé Cambolive extrayait alors le petit cadavre et l'offrait à son chat préféré. La main calleuse qui caressait le dos meurtri de l'animal me donnait la chair de poule.. (A Suivre)

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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 19:23

img418.jpgC'est son chapeau qui m'avait le plus impressionné, je n'en n'avais jamais vu de semblable. Feutre noir à bords étroits élimés, il conservait le souvenir d'une forme haute. Le temps avait du le cabosser mille fois pour lui donner cette patine lustrée de sueur. Il me faisait penser aux chapeaux de vieux cow-boys que je croisais dans mes illustrés. La tête d'ailleurs était à l'image de la coiffe. Les yeux noirs s'enfonçaient dans des cicatrices mal refermées, sur un visage hostile. Des touffes de cheveux bruns luisant de crasse tombaient sur un visage sec, dissimulé par d'épais sourcils et une moustache anarchique à la noirceur de circonstance. La barbe grisonnait en rangs irréguliers sur une absence de menton.

"Si tu regardes le papé Cambolive dans les yeux, tu risques de devenir aveugle tant son regard est puissant" disaient de lui, avec crainte, les élèves de la classe des grands.

Pour moi c'était l'incarnation du "Peillarot", ce personnage légendaire, voleur d'enfants que nos mères appelaient quand nous refusions de manger la soupe. La peur qu'il m'inspirait n'avait d'égale que la curiosité qu'il éveillait en moi.

Il ne fréquentait personne, n'allait jamais s'asseoir  avec les autres vieux sur les bans du "sénat", cette assemblée où chacun apportait sa canne en signe de reconnaissance. On disait que la grande guerre avec ses tranchées l'avait rendu cruel et méchant, qu'il mangeait du pain rassis, des lézards verts grillés et des hérissons bouillis.

Il habitait une vieille maison insalubre, en face de la petite cour qui me servait de terrain de jeu. Là, protégé par l'ombre d'une glycine vénérable, m'était donné d'assister à une scène qui se répétait tous les deux ou trois jours et qui me troublait. Sentiment mitigé de curiosité et d'effroi. 

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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 16:47

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J'avais cependant des rendez-vous beaucoup plus agréables avec cette institution. En effet, où croyez-vous que l'administration fêtait le Noël de son personnel et de leurs enfants, hein?
Gagné! Dans la salle de spectacle de la Maison Centrale. Là, nous nous enfoncions plus en avant dans le pénitencier. Nous passions deux portes successives que le même agent devait ouvrir et fermer en alternance, comme dans un sas ou une écluse. Puis, nous prenions à droite, avant le salon de coiffure, pour une courte promenade dans le chemin de rondes balisé, à tout les coins, de guérites désuètes. D'un côté le mur cachant la liberté, de l'autre celui du monde interdit, bien parallèle. J'explique tout ça pour que tu ne sois pas dépaysé si d'aventure ta femme te trompe ou ton voisin te brime, et que tu veuilles en finir.. Sait-on jamais!
La salle de spectacle, côté carcéral me projetait une fois l'an dans l'univers merveilleux de Charlot, Laurel et Hardy, Tom et Jerry. Deux heures de courts métrages burlesques, de dessins animés, mieux qu'au cinéma où nous allions rarement. Ce furent mes premières découvertes de l'humour, de l'aventure et du septième art en général. La féerie était complète avec la distribution de cadeaux. Joie à peine ternie par l'idée de rentrer à la maison dans le fourgon cellulaire qui faisait office de transport en commun. Effet assuré dans le quartier, d'autant plus qu'une fois les organisateurs eurent l'idée de nous offrir des panoplies de policiers. Imagine la scène.
Ce Père Noël généreux se voulait aussi moderne. Dans les années soixante, quand les "Yé-Yé" nous inventaient une culture de génération, il nous offrit un … concert Rock. Sans blague. A dix ans, en prison, je ne suis pas prêt d'oublier ça! Le public fut ravi, le directeur aussi qui proposa aux jeunes musiciens –parmi lesquels un fils de gardien- de revenir jouer devant le public habituel du Dimanche. Il mit une seule condition à cela, que le groupe change son nom pour un soir. "Les Bourreaux" ça faisait un peu trop provocateur, à l'époque la peine de mort existait encore..

                                                                    FIN

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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 08:40

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Avec l'autre coiffeur les recommandations étaient inutiles, il ne connaissait qu'une coupe: la brosse. D'ailleurs il la portait lui-même sur un visage émacié, agressif à force d'être anguleux. Toujours habillé, quelle que soit la saison, d'un tricot blanc à manches courtes, il dévoilait une musculature fine et saillante sous un tatouage représentant un poignard traversant un serpent. "Titi-le-surin" devait lui ressembler, surtout avec ce regard: celui des méchants dans les films de gangsters.
-Papa? Quel crime il a commis le tatoué qui nous rase le crâne?
-Lui! Il a tué ses trois femmes, me répondit-il comme s'il s'agissait d'une chose banale.
Devant mon étonnement, il m'expliqua que ses femmes l'avaient trompé et qu'il les avaient assassinées. Il avait déjà fait de la prison pour la première, par contre la seconde avait eu une aventure avec un soldat allemand et l'épuration aidant, il fallut attendre le troisième meurtre pour le condamner à nouveau.
-Et comment il les tuait?
-Je sais pas moi, il a égorgé la dernière je crois.
-Dis, dis papa! Il lui a pas crevé les yeux avant?
-Mais qu'est-ce que tu me racontes là, tu peux pas penser à autre chose?
Penser à autre chose! J'aurais voulu t'y voir lorsque  celui qu'on appelait maintenant "Titi-Barbe-Bleue" disait avec son accent pointu:
-Et un p'tit coup de rasoir pour finir
Et il se mettait à affûter la lame sur la langue de cuir.
-Penche la tête p'tit! Et joignant le geste à la parole, il me forçait à tendre le cou.  Dans mon dos, le retraité expliquait dans le détail et avec délice, ce que signifiait "le sourire Kabyle".
"Crussh" la brûlure était de courte durée mais chaque fois je la croyais fatale. Même si je n'étais pas une femme infidèle, j'éprouvais toujours une profonde joie de vivre après l'épreuve du rasoir. La prison ça te marque un homme, pour sûr! Un enfant je te dis pas! (A suivre)
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