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30 avril 2021 5 30 /04 /avril /2021 16:27

img781.jpgLorsque j'étais enfant, ça remonte au millénaire précédent quand même, le port de la blouse  était obligatoire à l'école. Grise pour les garçons, rose ou bleue pour les filles et surtout à la charge des parents. Pour les intellos c'était, soi-disant, un moyen de masquer les inégalités sociales. C'est vrai qu'à cette époque, les enfants de condition modeste, dont j'étais, portaient des vêtements tout "pétassés" c'est à dire rapiécés. Pour les pragmatiques, c'est à dire bon nombre de maman, c'était surtout pratique pour éviter les taches et les accros  sur les habits. Autant te dire que j'ai toujours été du coté des pragmatiques. En effet, les familles qui en avaient les moyens achetaient de belles blouses à leurs enfants, deux par an, portées en alternance.. Faut dire qu'avec l'encrier sur le bureau et le porte plume toujours prêt à te dégueuler sa cargaison d' encre violette dessus, ou avec l'essuyage furtif de la main blanchie de craie, c'était pas vraiment un luxe. Pour moi c'était une blouse rustique, rêche, d'un gris mauvais et de trois fois ma taille, avec des ourlets comac pour quelle me fasse plusieurs années. Pour savoir l'âge de la blouse, tu n'avais qu'a compter la trace des ourlets défaits, un peu comme avec les cernes pour les arbres coupés. Et encore, comme on la repassait à nos jeunes frères, l'ourlet remonté pouvait induire en erreur. On ne la quittait que le soir pour aller au lit. A la sortie de l'école elle montait aux arbres ou jouait au foot avec nous, inutile de te dire qu'elle ressemblait plus à un patchwork qu'à une toile de Soulages (un peu de culture ne peut pas te faire de mal). Bref j'enfilais ça comme une cote de maille.  Avec nos blouses sombres et leur manque d'élégance, nous gagnions le surnom de "marchand d'huile", référence au commerçant qui passait dans le village avec sa camionnette et sa blouse pleine de bougnettes (tâches) d'huile. Mais même sans cela,  la discrimination sociale sautait aux yeux! Les belles blouses appartenaient au beau linge (le sens des mots quand même) : les bourgeois et les espèces de pelures rafistolées aux enfants de celles qui lavaient le linge des dit bourgeois. La boucle était bouclée. Mais même si la blouse avait été irréprochable, des dizaines d'indices  t'aidaient à savoir à qui tu avais à faire: La coupe de cheveux, version bol ou taille haie, les chaussettes (a cette époque, été comme hivers, c'était le règne des pantalons courts.) en laine tricotées par nos mamans, avec des élastiques qui te garrottaient la circulation sanguine,  ou qui trop lâches te transformaient les guibolles en tire bouchons, et enfin les chaussures, des godillots qui te lestaient bien en cas de coup de Mistral. Sans compter la cape, la pèlerine épaisse et lourde comme un char russe mouillé. Y avait  pas photo, mais on s'en caguait! La pauvreté n'est pas la misère et ne nous empêchait pas d'être fiers de notre condition. Nous n'avions pas besoins de jouets onéreux, avec un bout de ficelle, un sillon  on fabriquait un arc, avec des roseaux des flèches et des épées, un vieux couvercle de poubelle nous servait de bouclier, et fallait pas s'amuser à se mettre en travers de notre chemin. Le monde nous appartenait. Nos blouses grises  festonnées d' accros et de pétas, flottaient comme des étendards flamboyants dans le vent de l'histoire..

Allez Marcel, mets moi un coup de Marseillaise..   

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23 mars 2021 2 23 /03 /mars /2021 19:29

La grille geignit à nouveau, un petit cortège de filles s’avançait en papotant. En passant à notre hauteur, le plus difficile fut de ne pas éclater de rire, elles parlaient de nous en termes peu élogieux. Elles allaient nous payer ça !. En plus de la pluie de mottes, les hurlements barbares que nous poussâmes déclenchèrent, chez elles, une panique qui leur donna des ailes. A leurs cris aigus, répondirent les nôtres rauques qui se voulaient virils et victorieux.

La victoire fut cependant de courte durée, nous avions négligé, dans notre euphorie, de surveiller la grille et quand l’un  de nous cria d’une voix neutre « Tatave ! », la panique changea de camps.

Octave, l’homme à tout faire de la commune, cumulait les fonctions de balayeur, de jardinier, mais aussi celle plus répressive de garde. Autant dire que notre bête noire faisait autorité. Ses attributions le conduisaient parfois à nous ramener chez nous en nous tirant par les oreilles. Nos parents, confondus de honte nous réservaient quelques délicates attentions en privation ou en fessées diverses. Aussi c’est courbés en deux, comme des indiens devenus muets, que nous filions derrière la haie.

Seul Momond, parti faire la provision de mottes, décida de couper à travers champ. Mal lui en prit, les pluies de ces derniers jours rendirent sa progression de plus en plus pénible.

« Il s’enfangue ! » s’écria Olive en voyant notre copain, les pieds lourds de  boue collante, faire du sur place alors qu’Octave se lançait à sa poursuite.

Nous suivions la scène, protégé derrière le grillage qui délimitait le territoire refuge de l’école. Nos doigts se crispaient au fil de fer, nous encouragions notre ami de la voix. Les filles, de leur coté criaient déjà « c’est bien fait pour lui ». Seule Jeannette tremblait pour son frère : « On dirait le petit Poucet contre l’ogre et ses bottes de sept lieux ».

Mais au moment où la main vengeresse allait s’abattre sur lui, l’ogre poussa un juron terrible. La terre gluante venait de lui avaler une botte, et emporté par son élan son pied nu allât se planter dans la boue. L’homme se figeât, il retira son pied dans l’espoir d’en ôter la chaussette souillée, mais dans cette étrange acrobatie, il perdit l’équilibre et tomba dans la gadoue.

« C’est bien fait pour lui » fut maintenant hurlé par le camp des garçons, avec la force que donnait le souvenir d’oreilles douloureuses. Momond, notre héros, arriva à bout de souffle et reçut l’ovation qu’il méritait. Il leva les bras au ciel et montra un poing  vengeur aux choristes qui avaient souhaité sa perte et qui, maintenant, battaient en retraite sous le préau.

Sa sœur tempéra son ardeur :

-« Regarde tes chaussures ! Faut nettoyer tout çà ou tu vas encore te faire punir. » Nous mirent le peu de temps qui nous restait, avant la reprise de la classe, à éliminer les traces de boue sur nos chaussures.

Monsieur Lévi, notre maître, marqua un certain étonnement quand il nous vit nous présenter les mains encore humides, il n’était pas habitué à des excès de propreté de notre part. Un quart d’heure plus tard, quand la silhouette d’Octave vint se découper derrière le verre dépoli de la porte, les questions qu’il avait dû se poser allaient trouver une réponse.

Dans l’entrebâillement, Tatave apparut couvert de boue, maculé jusqu’aux moustaches, seules ses bottes et ses mains étaient luisantes. La casquette de travers, il raconta alors dans le détail toute l’histoire à son interlocuteur qui en devinait la  « chute ».

Je jetais un regard furtif à Momond qui, se découvrant une passion soudaine pour l’histoire, disparaissait tout entier derrière son livre grand ouvert. Les garçons tendaient l’oreille et baissaient la tête, les filles par contre affichaient de grands sourires et commençaient à se dissiper.

« Merci Octave, je vais les punir de récréation » conclut l’instituteur qui n’arrivait pas à prendre congé.

Ah ! Nous avions bien nettoyé nos chaussures ! Le dessus surtout, mais dessous ?.

Bref, nous fûmes trahis par nos semelles, ou plutôt, par la boue collée contre. Momond aurait pu planter des radis sous son siège, c’était de loin le plus gros propriétaire terrien de la travée.

-« La punition consistera à nettoyer tout cela avec un balai pendant la récréation, mais comme je vous soupçonne de mal le manier, je propose aux filles qui le désirent, de rester pour vous donner des ordres. Mais pas pour les aider ! n’est-ce pas Jeannette ? »

La sanction du maître ne souffrait d’aucune contestation, mais le comportement des apprenties mégères fut une humiliation terrible qui nous dissuada, pour un moment, de leur chercher querelle.

FIN

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22 mars 2021 1 22 /03 /mars /2021 17:03

Je m’asseyais dans sa chaleur, gravée dans la pierre,  avec l’impression de conserver une partie de son ombre, comme s’il me la laissait pour garder le village. Mon imagination travaillait pas mal, j’avais besoin de mystères, de légendes, d’ailleurs j’en entretenais une de bien personnelle : je cachais des trésors.

Dans une boîte de sardines bien nettoyée, dont ma mère, complice, avait à grand peine tenté de redonner au couvercle sa forme initiale, je disposais un petit soldat cassé entouré d ‘un  chiffon, une pièce de un centime, des graines de courges ou une vielle noix. Je tenais le tout fermé avec un bout de ficelle et profitais de la promenade dominicale pour enterrer mon trésor. Lubie de mars ?

J’allais toujours du coté du lavoir, la terre y était plus meuble pour ma petite pelle à pâtés. Là, à l’abri du mur, contre le fossé et au pied d’un arbre, avec comme seuls témoins le soleil et mon père, je creusais une petite sépulture, un temple secret fait de pierres plates et de brindilles, un abri à mémoire, où j’enfouissais mon trésor.

Puis, en guise d’oraison je restais là, planté, à contempler la plaine nîmoise. Des champs à perte de vue. Des champs cernés par des pelotons de cyprès militaires, bien alignés au garde-à-vous pour protéger les cultures du vent fou. Des pins, aux silhouettes plus fantasques, marquaient la présence d’un mas, d’une campagne. Quant aux platanes, ils bordaient la route à l’entrée et à la sortie du village. Je pensais à la foule de trésors cachés, aux pieds de tous ces arbres, par des générations d’enfants depuis le temps des héroïques gaulois.

L’air frais, le sifflement du vent, une odeur de futur printemps, un cheval tirant la charrue dans un halo bleuté sortant de ses naseaux, un homme besogneux s’affairant derrière lui, m’imprégnaient de sentiments nouveaux. Le ciel limpide, posé sur cet horizon plat aux teintes dégradées, n’y était sans doute pas étranger. Instants de quiétude ? Esprit bucolique ? je ne saurai répondre, mais les poésies apprises par cœur en classe me laissaient présager qu’un lien particulier nous unissait à la nature...

Assis à la place du papé, solitaire comme une sentinelle, je ressentais la même émotion, je savais que ces images s’incrustaient en moi pour toute la vie. Ces façades lépreuses, ridées de fissures mal colmatées, éclairées par cette lumière horizontale prenaient des airs de somptueux monuments romains, derrière elles, un ciel de cendre les couvait d’une ouate inquiétante.

 A mon copain Olive, qui venait s’asseoir près de moi, je ne sus dire que deux syllabes : « C’est beau », alors qu’un nuage plus pressé que les autres apportait une nuance mouvante aux couleurs sablées des pierres.

-« On dirait un décor de théâtre » me répondit-il.

-« Tu es allé au théâtre, toi ? »

-« Oui, à l’opéra, avec ma tante voir Carmen »

-« Carmen ? La sœur de Manolo ? »

-« Mais non couillon ! Carmen c’est le titre de l’Opéra, comme Marius est le titre d’un film »

-« Excuse, j’y connais tchi à l’opéra »

-« Mais si, regarde ! »

Il se leva, les bras en l’air, dans l’attitude du torero qui va planter des banderilles et chanta :

-« Toréador !

Ton cul n’est pas en or

Ni en argent

Ni en fer blanc » et nous avions éclaté de rire.

Nous entonnions régulièrement ce refrain que la fanfare jouait les jours de courses à la cocarde.

-« C’est ça l’opéra ? » demandais-je interloqué.

-« Pas trop, non ! C’est vachement plus sérieux.. Bon ! Tu viens! On va chercher les autres ? »

Nous voilà partis, Je passais chez moi récupérer mon goûter avant de retrouver le chemin de l’école.

La petite grille franchie, une allée bordée de troènes nous conduisait au parc, notre parc, où nous espérions bien retrouver le reste de la troupe. Sur notre gauche, le champ qui nous servait de terrain de jeu venait d’être fraîchement labouré. A droite, un mur, longeant la végétation, était notre terrain favori de chasse aux lézards. Au bout de ce petit monde à l’abri des regards de nos parents, se dressait l’école, comme un prolongement naturel à nos jeux.

Arrivé à mi-chemin, un orage de terre, et mars n’y était pour rien, nous tomba sur la tête.

C’était « la guerre des trumes ».

Instinctivement, Olive et moi avions plongé à travers la haie. Derrière elle, nos copains, les mains remplies de mottes de terre, les fameuses « trumes », nous encourageaient à les rejoindre. Le jeu était simple : au grincement de la grille, il fallait se cacher et ne plus faire le moindre bruit, laisser passer les élèves devant nous, avant de les bombarder de « trumes ».

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19 mars 2021 5 19 /03 /mars /2021 19:41

« Mange moins vite ! Tu vas t’escaner ! »

Ma mère en avait de bonnes, avant, elle me reprochait ma lenteur à table, et aujourd’hui elle trouvait que j’étais trop rapide pour engloutir mon repas. Je dois avouer que je détestais la viande, ce qui pour mon père frisait le sacrilège. Pour lui le beefsteak, il disait « bistèque », représentait la quintessence du devoir paternel. Il avait souffert de la faim pendant la guerre  et considérait que sa responsabilité de chef de famille l’obligeait à nous offrir notre steak quotidien. Dieu se chargeait du pain blanc, et lui, en bon père communiste, rajoutait le rouge de la viande pour colorer nos joues.

 Comme je n’aimais pas ça, il acheta un petit pressoir en fer afin que je puisse me rassasier du jus, qu’il considérait comme indispensable à une bonne santé. Mon apprentissage d’enfant vampire  me bouleversait d’horreur. Ce sang tiède, auréolé de gras et au goût rouillé m’arrachait toujours des grimaces de dégoût. Mais en voyant mes parents se partager les maigres morceaux pressés qui ressemblaient à des bouts d’éponge séchée, j’eus un peu honte de mon caprice de « fils de riche », et à la grande joie de la famille, je devins carnassier.

« Pas si vite ! On va pas te le manger ! » insistait ma mère.

Pas si vite, pas si vite, les copains m’attendaient peut-être déjà dehors. L’école nous lâchait à onze heures trente et le rendez-vous était autour de midi, toutes les minutes gagnées deviendraient des instants de jeu supplémentaires.

Midi n’avait pas sonné que je me retrouvais dans la rue.

Mars bousculait février et le printemps pointait son nez. Les fins d’après midi étaient cependant encore trop fraîches et trop vite obscures pour que nos parents nous autorisent à batifoler après la classe. Le bon temps, il fallait le prendre maintenant, dans cet air vif et ce temps capricieux.

Sur la place il ne restait plus que le papè Lamy assis sur son banc. Comme je le rejoignais, une rafale de vent vint bénir notre rencontre. Une averse de quelques secondes nous aspergea de gouttes glacées. Papé Lamy, protégé par sa casquette montra le ciel d’un doigt tordu.

-« Marsetjo » déclara-t-il.

-« Quoi ? » caquetai-je.

-« Marsetjo » répéta-t-il. En lisant l’incompréhension sur mon visage, il continua :

-« Tu vois pitchot, l’avantage du provençal sur le français, c’est que tous les mots français, tu peux les traduire en provençal, mais que la langue d’Oc pour la traduire, le français il lui manque des mots, pardine ! Marsetjo, ça veut dire qu’il fait un temps de mars, mais si ça parle de quelqu’un ça veut dire qu’il perd un peu la ciboule… Elle est bonne cette idée de conjuguer un mois ? »

-« Heu.. Oui ! mais pourquoi mars ? »

-« Ah ! Ah ! Tu vois le mois de mars, c’est un mois qui sait pas ce qu’il veut ! il est un peu fada, Il est coincé entre l’hiver et le printemps et c’est la bagarre ! »

-« Comme au catch ? »

-« Pareil ! D’un coté, tu as le soleil, le ciel bleu, les nuages blancs, de l’autre le ciel gris tout moustous, la pluie, le froid, et au milieu, comme un arbitre, Monsieur le Mistral. Et tout ça boulègue, que ça te fait un mescladis  où les nuages noirs et blancs se courent après. Une rincette de pluie par ici, et un petit rayon de soleil par-là. Pareil que pour le catch quand ils sont si emmêlés que tu sais plus à qui est le pied du printemps ou le bras de l’hiver "

-« C’est rigolo ce que vous dites »

-« Plus rigolo que la grammaire française ? »

-« Oh !Oui ! »

-« C’est normal, moi je suis le grand-père provençal »

Il se mit à rire tout seul, alors que les douze coups sonnaient à l’horloge.

-« Vous allez pas à la soupe ? C’est midi ! »

-«  Mon pichou, je vis à l’heure ancienne moi, celle du soleil et il n’est que onze heures là-haut. Mais tu as raison, je vais m’avancer ; ma fille, elle, elle vit à l’heure nouvelle, alors on a coupé la poire en deux et je vais manger à la demie. Je te laisse la place chaude, tiens ! ».

Il se leva en souriant et répéta « la grammaire française et moi le grand-père provençal ».

De mon coté je me demandais comment les gens arrivaient à se nourrir avec la moitié d’une poire, ils devaient manger encore plus vite que moi.

A suivre

 

 

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13 novembre 2020 5 13 /11 /novembre /2020 08:04

Cinquante ans après, je suis retourné dans « mon » village. Même s’il n’est pas trop éloigné de mon domicile, une cinquantaine de kilomètres, j’n’y vais  que très rarement. Quatre, cinq fois depuis que je l’ai quitté à l’âge de  huit an. Je n’aime pas être saisi par cette nostalgie qui me transporte vers une mélancolie passive et douloureuse. Je suis retourné au lavoir. Même si l’urbanisation à tout bouleversé, le cœur du village, n’a pas trop changé, il s’est embelli même, les modestes maisons sont plus pimpantes qu’alors. Les murs moins lépreux n’hébergent plus mes amis lézards. Je longe les arènes maintenant construites en dur. A l’époque elles n’étaient faites que de bois et nous nous y faufilions pour jouer aux raseteurs avec les camarades taureaux, index pointés sur leur tête … J’aperçois la silhouette du lavoir.  Mais fini le lavoir, c’est une salle collée aux arènes maintenant, sans doute afin d’y stocker du matériel ou de servir de vestiaire aux raseteurs. Fini le ruisseau aussi, canalisé dessous sans doute.  Où sont passés les grenouilles, têtards, tritons… ensevelis sous le béton sans doute. Maigre consolation le lavoir a donné son nom à la rue : « rue du labadou » c’est tout. Je me suis adossé au mur, j’ai alors fermé les yeux. Très vite j’ai senti l’odeur du savon, entendu le claquement des draps étendus, puis sont venus les rires de femmes, ensuite Momond m’a interpellé « viens voir ce malabar de crapaud, on dirait un monstre » Sous mes paupières, maintenant humides, mes aurores boréales sont venues me visiter et se sont mises à danser.

LA C’EST BIEN FINI

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12 novembre 2020 4 12 /11 /novembre /2020 17:15

Pendant les vacances d’été, les jours de lessive, j’accompagne ma mère au lavoir. Je porte solennellement la brique de savon, un gros cube estampillé « Savon de Marseille » écrit en relief dessus. Ma mère, elle, se charge de la banaste (grosse corbeille en osier) remplie du linge sale et met la planche à laver dessus. En fait, c’est une précaution contre le mistral qui risque d’arracher un sous-vêtement sale et le promener dans la rue principale. Arrivés en vue du lavoir on entend déjà les voix des femmes qui raisonnent, des rires parfois, des coups de battoir. J’aime cette ambiance exclusivement féminine,  qui sent le savon et le propre. Les planches sont posées sur le rebord, incliné à cet effet, du deuxième bassin, le linge sale est mouillé puis doit subir la torture du savon qui l’écrase sur le bois ou pour certaines qui le mettent en boule, les coups de battoirs. Puis pour le rinçage, c’est le premier bassin qui est utilisé. Tout ça dans la gaité, les rires. Je laisse trainer mes chastes oreilles, mais je ne comprends pas toujours pourquoi elles rient. Il est question de « polichinelle dans le tiroir »,  de « devoir conjugal bâclé », des « cornes du boucher »…Et puis de temps en temps les plus jeunes entonnent des chansons de Tino Rossi et finissent par s’asperger en criant. Une ambiance de récréation. Une fois le linge essoré et étendu, nous retournons à la maison. Ma mère craignant les vols ramène le linge humide  pour l’étendre dans la cour, comme ça pèse plus lourd je porte la planche en bois Cette planche est un de mes terrains de jeu, un « cargoldrome », comme dit le voisin,  où j’organise des courses d’escargots. C’est une sélection impitoyable, les petit-gris les plus véloces échapperont à la recette catalane. Mais un drame s’est produit dans mon écurie de champions. Pour mieux les reconnaitre je les avais peints à la gouache, le résultat fut terrible : tous morts de s’être montés les uns sur les autres et d’avoir mangé les couleurs… Je suis donc retourné au petit ruisseau du lavoir pour renouveler mon cheptel et dégotter de nouveaux champions, prêts à traverser la planche en moins d’une demi-heure.  Cette fois, j’ai promis la liberté aux vainqueurs…Alors ! Prêts pour la liberté ! Partez ! 

PRESQUE FIN

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9 novembre 2020 1 09 /11 /novembre /2020 16:58

Dans le village de mon enfance existait un endroit magique. Enfin surtout pour moi qui allais y jouer régulièrement. La magie, lorsqu’on est enfant va parfois se nicher dans des lieux communs, ordinaires, là c’était le lavoir municipal. Je m’y rendais souvent après le repas du midi, j’y attendais mes copains. La bâtisse ressemblait à ces maisons de poupées construites sur trois côtés. Son toit abritait deux grands bassins. Le premier, alimenté en eau en permanence par un tuyau recourbé qui faisait chanter un agréable glouglou, se déversait dans le second qui a son tour versait dans une rigole qui partait en serpentant dans le pré et allait se jeter dans un grand fossé. Là, bercé par le clapotis de l’eau, je contemplais les reflets de l’onde sur les murs. Des reflets argentés, aurait chanté  Charles Trenet, des reflets en perpétuels mouvements, j’agitais parfois l’eau pour les voir se mêler, s’entrelacer, s’affoler même, c’étaient mes aurores boréales à moi. Une féerie de lumière sur le mur sombre du bâtiment. Il m’arrivait d’y crier très fort pour entendre l’écho résonner. Mais notre terrain de jeu était le petit ruisseau qui s’en échappait.

 Ce petit ruisseau, nous y jouions régulièrement avec mon copain Momond, qui le connaissait par cœur. Grenouilles, tritons, sangsues y prospéraient, sans oublier bien sûr les têtards qui furent à l’origine d’une polémique virulente. En effet, il en fut trouvé dans le bénitier de l’église et le scandale éclata. Le curé dénonça une manœuvre blasphématoire des enfants de l’école laïque, manipulés par les diables rouges qui leurs servaient de parents indignes. Tous les soupçons se portèrent sur l’ami Momond. En fait il était pratiquement innocent, oui pratiquement, il n’avait fait que renseigner les grands de la classe de fin d’étude sur l’endroit où ils pouvaient trouver ces minuscules bestioles. Cette farce était destinée à se moquer des grenouilles de bénitier et les gamins de l’école catholique, ne furent pas les derniers à en rigoler.      

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17 mai 2019 5 17 /05 /mai /2019 14:50

Je n’ai pas été élevé chez les curés, comme certain(e)s le pensent. J’ai eu la chance d’avoir des parents communistes. Communistes mais pragmatiques, ils m’ont envoyé au catéche, au cas où. J’ai même fait ma communion solennelle. En aube blanche, en plus ! J’te dis les curés aimaient s’habiller en robe, il n’y a que les talons aiguilles qu’ils n’osaient pas chausser, enfin, pas quand ils montent en chaire, la chaire est faible, tu le sais!. Pour réussir sa communion, fallait faire la « retraite » pour préparer l’ « événement ». Tu parles si on se faisait caguer à bouffer du bon Dieu toute la journée. Je m’étais mis à dessiner, j’ai toujours fait ça au catéche, et comme je dessinais des petits Jésus, je n’ai jamais été interrogé (Dieu existerait-il ?). L’abbé qui nous enseignait la foi, me foutait une paix royale. Le catéche passait comme un cours de dessin et donc je progressais. Et ce jour là, j’ai entendu sur mon épaule la voix suave de l’abbé Benoît, celui en charge de la retraite, « c’est un don de Dieu ! » s’exclama-t-il en voyant mes oeuvres,.Tu parles ! j’avais envie de rajouter une quequette  à l’âne que je venais de dessiner, mais j’ai pas osé. Je voulais pas le complexer. Et l’autre qui s’extasiait ! Je vais te dire : dessiner des toges, ça aide bien quand tu débutes surtout si tu pompes sur les images pieuses..  Il s’est mis à m’avoir à la bonne  (du curé, bien sûr) et venait reluquer dés que j’avais fini un personnage. « c’est un don de Dieu ! » répétait-il, comme si moi, je n ’y étais pour rien.. L’enfoiré !.

La « retraite » à 14 ans c’est chiant. Voilà que le père Benoît veut nous faire répéter la procession. Allez ! Zou ! tous en aube, et comme notre frustration de ne pas taper dans un ballon est immense, le Padre nous confia le trésor du lendemain : les cierges flambants neufs, enfin, flambants non, il fallait pas les user, pas les salir, afin qu’ils soient purs comme l’immaculée contraception comme on disait en rigolant dès qu’il avait le dos tourné.. Il nous recommande d’en prendre bien soin parce qu’ils coûtent chers.. Les cierges font au moins 60 à 80 cm de haut, à leur base une petite collerette en carton pour pas que tu te brûles avec la cire fondante, et pour pas que tu foutes le feu à l’aube. Franchement ça la foutrait mal si un communiant prenait feu comme un vulgaire bonze vietnamien. Tous dans la cour en rang d’oignon à chanter « Je m’avancerais jusqu’à l’autel de Dieu.. » Nous on croyait que c’était l’ hôtel de Dieu, avec Saint Pierre qui gardait les clefs. Et là d’un coup le père Benoît, sans doute pris par une violente envie de caguer, nous abandonne précipitamment. « Continuez à chanter je reviens de suite »… Et de suite ça a donné ça « Je m’avancerais jusqu’à l’autel de Dieu, au gallot ! son nom il le signe à la pointe de l’épée d’un Z qui veut dire Zésus ! Zésus ! Zésus ! . A SUIVRE UN FINAL TERRRRIBLE    

 

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25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 07:08

img424.jpg 

Le grand soir arriva enfin, une soirée d'été où nos pères enfilèrent leur épaisse canadienne de cuir, les moufles qui allaient avec, et au comble du fou rire, l'un un casque à visière intégrale, l'autre une corbeille métallique grillagée en guise de heaume. Ainsi bardés, ils se répartirent les tâches. Notre voisin, qui avait confectionné un trident artisanal pour la circonstance, tiendrait la porte entrebaîllée pour laisser croire au Diable a une issue et permettre de le coincer et ainsi de le châtier sans risque. L'épopée sauvage pouvait commencer.

Nous fûmes confinés à l'abri derrière la porte de la cuisine. Tout commença par des miaulements d'intimidation, puis des coups sourds qui d'après les jurons lâchés ratèrent leur cible. Des boites de visserie dégringolèrent des étagèrent dans un bruit de pluie métallique. Une lutte âpre se déroulait dans le couloir,, le chat avait bondi sur ses agresseurs. Malgré leur protection, on sentait bien que la cause n'était pas gagnée. Puis ce fut un cri de déchirement, le trident avait frappé juste et la porte d'entrée claqua.

Le silence fut vite rompu avec le retour des gladiateurs d'opérettes, couvert de sueur, soufflant comme des sangliers. Il l'avaient eu! Enfin, il avaient réussi à l'atteindre avec le trident et étaient convaincus qu'il ne reviendrait pas de sitôt. Cependant ils  craignaient un peu la réaction  du papé Cambolive, qui aura vite déduit que le châtiment infligé à l'animal venait de chez nous. Le vieil homme n'impressionnait pas que les enfants.

Après le repas, nous sortîmes tous dans la rue pour prendre le frais. Et là, nous apprîmes la nouvelle qui soulagea tout le monde. La voiture de monsieur Ravenet avait écrasé le Diable qui s'était littéralement jeté sous ses roues. "Le bon Dieu fait bien les choses" avait conclu ma mère et la soirée n'en fut que plus délicieuse…

Le  lendemain alors que je faisais une tentative de recensement de trous de fourmis dans mon périmètre de jeu, j'entendis le bruit de la canne sur les barreaux de la souricière.  Le Diable mort, la cruauté continuait avec la même mise en scène. Seule différence au tableau, un autre chat s'avança à la place du manquant. Le coup de canne qu'il reçut lui fit comprendre que le papé Cambolive portait toujours le deuil de son maudit animal. Et pour la première fois je l'ai plaint

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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 12:55

img420Moi dont les distractions avec les animaux se limitaient à de paisibles courses d'escargots ou à l'étude approfondie, quelque peu paresseuse , de la vie des fourmis, j'avais du mal à concevoir tant de cruauté calculée. Mes grands parents tuaient bien des lapins et des poulets de leur poulailler, mais ils procédaient rapidement, sans mise en scène , sans plaisir en tout cas, presque à contre cœur et jamais inutilement. Là, avec cette complicité sanguinaire avec l'animal, l'homme dépassait la bête en férocité. Le Diable portait bien son surnom.

Mais ce n'était pas le seul grief que l'animal suscitait. Il avait pris l'habitude de passer ses nuits chez nous. Il s'introduisait dans la maison vétuste que nous partagions avec nos voisins. et y fondait  royaume dans les dépendances communes. Des pièces borgnes servant de débarras, d'atelier, de garage à vélo conduisaient à un endroit sordide: les toilettes à la turque. Un réduit qui me hantait lorsque je devais affronter seul ce gouffre de puanteur où j'imaginais le diable, le vrai celui-là, tenir boutique. En attendant son compère à quatre pattes s'y réfugiait parfois augmentant ma terreur.Cet univers nous effrayait tellement, ma petite voisine et moi, que l'on ne s'y aventurait qu'ensemble en nous parlant bien fort. Mais lorsque de derrière le cadavre désossé d'une moto montait  une plainte lugubre, le courage nous manquait et nos petites jambes fonçaient se réfugier dans la cuisine pour y retrouver nos parents.

Nos mères mirent leur maris en demeure de nous débarrasser de ce perturbateur. Non content de nous épouvanter, l'animal perturbait aussi leur sommeil en miaulant une partie de la nuit et en période de chaleur, il laissait derrière lui une odeur de fin du monde. La chose était entendue, les hommes relevèrent le défi, mais méfiants, ils fourbirent leurs armes.

Plusieurs fois ils avaient chassé l'animal de leur territoire de bricolage, mais toujours dans la crainte de griffures ou de morsures. Le Diable n'hésitait pas à faire face et à menacer, mais un chat, même à moitié fauve ne pouvait pas imposer sa loi. On allait voir ce qu'on allait voir!

 

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