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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 06:25

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Une semaine plus tard, l’autocar du soir laissa sur la place le nouveau locataire du presbytère. C’était un santon grandeur nature, un curé dans la force de l'age, un peu rondouillard s’épongeant le front avec un mouchoir. A ses pieds une énorme valise, qu’il eut du mal à porter jusqu’à l’entrée du « café de la place ».

- Salut la compagnie dit-il en entrant, puis s’adressant à Loule derrière son bar, vous pourriez m’indiquer, mon fils, où  puis-je trouver la demeure de Mademoiselle Tapa… Heu!

- Tapenade ? continua Loule.

- C’est cela !

- Vous expliquez, c’est compliqué, attendez, et se tournant vers Julien plongé dans la lecture du journal. Dis jeune ! Tu veux bien aller chercher la… heu, mademoiselle Tapenade pour Monsieur le curé !

Et pendant que Julien sortait, Loule s’adressa à son interlocuteur :

- Monsieur le curé, dans ce café il y a une tradition ancestrale que je tiens à respecter, chaque fois qu’un nouveau habitant franchit le seuil de mon établissement, je lui offre gratuitement l’apéritif.

L’assistance retint son attention, cette histoire de tradition sentait la galéjade.

- C’est une aimable tradition en effet, mais par cette chaleur un apéritif n’est pas raisonnable.

- C’est ce que j’allais vous dire, curé,  aussi votre anisette je vais bien vous la noyer, comme cela elle vous désaltèrera davantage.

Les clients, regards en coin, pouffaient de rire, et attendaient la réaction du cureton. Mais quelle ne fut pas leur surprise en entendant le curé faire claquer sa langue et déclarer.

- Délicieux ! Mais ma soif n’est pas étanchée, servez-moi un second verre et trinquez avec moi,  c’est moi qui régale.

Loule s’exécuta et les deux hommes buvaient ensemble la maudite anisette lorsque Julien revint en déclarant que la mademoiselle arrivait.

Le curé saluât l’assistance et partit presque à regret.

La porte passée, Antonin déclara solennellement :

- Celui-là, on va le garder, il vient de faire un miracle.

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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 06:11

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Le lendemain, le scandale alla bien au-delà de ce qu’espéraient ceux qui en avaient écrit le scénario. Emportées, par le besoin d’avoir vu plus que les autres, certaines commères prétendaient qu’elles avaient aperçu le curé entouré de créatures pas fréquentables, d’autres parlaient d’ombres de femmes nues dansant aux fenêtres du mas. Pour ne pas être en reste, celles et ceux qui n’avaient pas été du voyage, ajoutaient leur pierre à la lapidation.

Une seule voix se leva pour relativiser l’affaire et prendre la défense du petit curé, ce fut paradoxalement celle de Marcus :

- Bon sang ! tonna-t-il devant la terrasse, pleine de consommateurs retrouvés. Ce curé, il est pareil que nous, fait de chair et de sang, il n’est pas en plâtre comme les Saints de l’église ! Et, à moins de trente ans, c’est pas anormal qu’il ait des envies, il peut boire des litres de tisanes de camomille, ça va pas lui calmer le désir. Si sa soutane était en bronze, je vous garantis qu’il nous ferait entendre le tocsin de temps en temps ! Et bien, moi je dis qu’il vaut mieux qu’il s’occupe de ça avec des adultes qu’avec les fillettes de la chorale ou les petits garçons du catéchisme. Ne rigolez pas ! Je sais de quoi je parle, j’ai été en pension chez les frères… Non ! La faute de tout ça, c’est le Vatican, les curés, il faut qu’ils puissent se marier comme les pasteurs, par exemple. Qu’ils  nous fassent des mistons et après ils pourront parler du péché de la chair et tout le saint Frusquin…

La malice de Marcus venait de ruiner l’espoir de chorale du petit curé. Mais ce dernier refusa de s’avouer battu. Il nia farouchement, ce qui était la moindre des choses pour un innocent, mais comme beaucoup d’innocents, il le fit maladroitement. Il commença à mettre en doute la vision de ses propres disciples, puis plaida la confusion avec un autre véhicule. Là, les mêmes     bonnes âmes s’insurgèrent en déclarant que la voiture n’était pas devant l’église à leur départ pour Lourdes. Pris à son propre piège d’avoir présenté le Mas du Novi comme un endroit de débauche,  il ne pouvait pas faire témoigner la patronne des lieux.

Alors le petit curé eut une idée folle, celle de passer à confesse tout le village pour faire la lumière sur cette sombre histoire. Son rêve était de faire reconnaître aux coupables leur forfait devant tous. Il fit lui-même des affiches qu’il colla aux quatre coins du village, ce qui le condamna définitivement aux yeux de la population. Et c’est dans la pétarade d’une quatre-chevaux malmenée que le curé de la Pétoule partit sans tirer sa révérence.

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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 05:48

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Marcus, attablé avec ses deux filles, Aurélie et Julie, attendaient l’arrivée de sa femme. En fait, tout le monde ou presque attendait l’autobus. L’Espingle, occupé à servir des clients qui, eux aussi, attendaient leurs épouses, jetait des coups d’œils furtifs en direction de la place. Chose inhabituelle à cette heure, Marinette et Loule étaient ensemble derrière le bar, et enfin Antonin et Pablo, faisaient durer leur partie de dames. Seules, Aurèlie et Julie, ne paraissaient pas impatientes et dégustaient à grands bruits de paille leur limonade grenadine.

Lorsque l’autobus arriva, elles furent pourtant les premières à se précipiter sur le parapet pour faire bonjour à leur mère. Le véhicule s’immobilisa sur la place. Venu d’on ne sait où, le petit curé fit son apparition. Les  voyageuses qui descendaient,  faisaient de leur mieux pour l’éviter; heureusement la mère de mademoiselle Tapenade se jeta presque dans ses bras. Un peu demeurée, jimblée comme on dit ici, elle fournissait un excellent alibi pour celles qui tentaient d’instaurer une mise en quarantaine. L’affaire était gagnée, demain le scandale éclabousserait le village.

Marcus retrouva sa femme et lui demanda si elle avait fait bon voyage.

- Oui, oui, répondit-elle rapidement, et la charrette ? Tu n’as pas eu de gros problème ?

- Ah, heureusement que l’Espingle était là, tu sais ! Il m’a réparé ça, que tu dirais même pas qu’il y a touché, mentit à moitié Marcus avec gourmandise. 

- Tu as bien de la chance d’avoir un compagnon de confiance

Marcus interpréta cette phrase comme un reproche au curé, qui n’arrivait pas à se décoller de la vieille jobastre. Il tenta alors une chose insensée :

- Tu ne veux pas boire une fraîcheur ? Sa femme avait juré, suite à l’aventure du dernier pèlerinage, qu’elle ne poserait plus jamais une fesse sur une chaise du bistrot de Loule.

- Pourquoi pas ? répondit-t-elle.

- Tu veux un Perrier ? ça te fait toujours penser à ta cousine de Vergèze !

Lucienne hocha la tête.

Marcus interpella Marinette et Loule :

- Un Perrier et un autre muscat ! s’écria-t-il en tendant deux doigts en direction du bar. Deux doigts qui faisaient le V de la victoire.

Cette soirée avait un goût d'été, le soleil se faisait tirer l'oreille pour aller se coucher, les filles jouaient en criant autour de l'arbre de la discorde, tandis qu'au bar, Norbert, le chauffeur de l'autocar, trouvait à  son apéritif offert un sale goût d'anisette.

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4 octobre 2011 2 04 /10 /octobre /2011 15:43

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Les conversations allaient bon train jusqu’au Mas du Novi, où le chauffeur s’écriât :

- Non mais ! Regardez-moi ça, comme il s’est garé ce goulamas !  Pas étonnant qu’il se soit fait pigner une aile !

Et, comme un poste de radio qu’on éteint, les discussions des commères passèrent au murmure avant de s’évanouir dans le silence.

La vue de la quatre-chevaux bleue à aile blanche, glaça d’effroi l’assistance. Les passagères se dévissaient le cou pour se convaincre qu’elles n’avaient pas la berlue. La voiture du curé était garée aux portes de l’enfer.

Elles ne virent pas, par contre, la trapanelle bien cachée et qui, une fois l’autobus passé, reprit la route en sens inverse.

 Pablo avait sauté de la voiture avant de se mettre au volant de celle du curé. Le cortège prit la direction du Puech, sur le haut du village.

Là, les moteurs coupés, les voitures glissèrent jusqu’à l’église, guidées par Antonin, Loule et enfin Marinette, qui assuraient que la voie était libre à chaque coin de rue. La voiture du curé stoppa là où elle stationnait la veille, Pablo en sortit prestement et s’engouffra dans l’autre.

- Dix minutes ! ch’est che que ch’avais dit.

- Heureusement que le Pétoulet roupille, dit l’Espingle.

- Attend ! Hier les jeunes sont allés lui faire un brin de romance jusqu’à plus de minuit. Un pari qu’ils ont perdu aux dames, avec quatre pions d’avance contre le commandanté.

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 07:25

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Le jour du pèlerinage vint enfin. Chaque année, les dévotes du village organisaient un voyage à Lourdes, qu’elles baptisaient « pèlerinage ». Comme il y avait plus de quatre cents kilomètres à effectuer, elles partaient tôt le matin, passaient une nuit sur place et revenaient le lendemain soir, avec dans leurs bagages force médailles, saintes vierges lumineuses et bibelots à eau qu’il fallait agiter pour voir tomber la neige.  Avant, elles faisaient le voyage avec le curé, mais afin d’éviter les quolibets, mais aussi pour se retrouver libres ensemble, elles réservaient ce pèlerinage à la gente féminine.

Marcus avait prévenu sa femme Lucienne, organisatrice du voyage, qu’il profiterait de ce lever matinal pour aller soufrer la vigne. Il ne but qu’un café rapide, mais prit une musette consistante où il glissa pain, saucisse et bouteille de rouge.  Lucienne, qui mettait la dernière main sur ses affaires, entendit les sabots du cheval et le grincement de la charrette sur la chaussée. Son mari n’étant plus là, avec ses plaisanteries douteuses sur les curés et la religion, elle décida, compte tenu du voyage et du temps qui lui restait de s’accorder un déjeuner plus copieux.

Elle arriva en même temps que le car sur la place. Elle vit le chauffeur en descendre, aller vers la quincaillerie et frapper à la porte.

Si tu penses avoir quelqu’un debout, mon pauvre garçon, pensa-t-elle. Elle culpabilisa d’avoir eu  mauvais esprit en voyant la porte s’ouvrir sur l’éternelle blouse grise du marchand. Ce dernier, après un court discours, fit un signe et la désigna au chauffeur avant de sauter dans sa voiture et de démarrer.

Le chauffeur la rattrapa  à la porte de l’autocar et l’interpella :

- Finalement, ça tombe bien que ce soit vous qui vous occupiez du voyage.

- Ah  bon ! Pourquoi ? dit-elle, attendant  un compliment.

- Je viens de croiser votre mari, et il a un gros problème, il a faillit me bomber dessus avec la charrette. Elle a une roue qui se fait la malle.

- Mon Dieu ! Et c’est grave ?

- Non ! Je lui ai donné la main pour la caler avec un gros tronc, et il m’a dit d’avertir le quincaillier pour qu’il vienne l’aider à réparer. Non ! Le problème c’est qu’on peut pas passer par-là en bus sans risquer  de tout foutre en l’air ! Ils en ont pour un moment à réparer… Vous comprenez, c’est la clavette du moyeu qui a pété… Et comme la charrette est chargée…

- Mais on a qu’à passer par le Mas du Novi pour rejoindre Saint André !

- Ah ben oui, c’est guère plus long, oh ! guère…

Il sourit, la pensée d’un mois d’apéritifs gratuits offerts par Loule lui rendait la journée plus supportable.

- Bon, mais on va pas tarder, c ‘est moins cinq ! poursuit-il.

- Je vais voir si tout le monde est là.

Et pendant que Lucienne, comme un chien de troupeau, amenait les petits groupes à se presser, Norbert reprit sa place au volant et démarra le moteur. Six heures pétantes, l’expédition pouvait partir à la redécouverte de la grotte miraculeuse.

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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 16:42

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Loule attendait dans l’arrière salle, il se souvenait de la fois où il avait transgressé la volonté du paternel. Il était descendu de la chambre, pieds nus, sans bruit, il s ‘était posté derrière la porte à carreaux,  juste là,  à gauche. Il avait doucement écarté le vieux velours qui servait de rideau. Là, dans la maigre lumière de trois bougies, il découvrit le secret du père. Quatre ombres vacillantes  discutaient à voix basse avec lui. Il y avait celle coiffée d’un béret et qui ne parlait qu’espagnol, il y avait celle plus petite et moustachue qui semblait traduire et derrière l’immense silhouette fragile reconnaissable entre mille, celle du fils du quincaillier que tout le monde surnommait déjà l’Espingle. Il avait aussi reconnu le quatrième larron, plus vieux, plus rond, c’était le nommeur du loto, celui qui amusait toute la galerie à chaque numéro sorti et qui travaillait au chemin de fer. Il l’avait reconnu grâce à la lumière de la bougie qui éclairait son visage. Il comprit, lorsque de sa musette, ce dernier sortit des armes, et ce qu’il avait d’abord pris pour une botte d’asperge était en fait de la dynamite. La guerre, les Allemands étaient dehors, la résistance était là sous ses yeux, chez lui..

Quinze ans plus tard, il attendait les mêmes, sauf le père, parti pour toujours, mais qu’il remplaçait. Les quatre firent une entrée discrète, Marcus avait prévenu :

- Il faudra tenir sa langue !

Pour plus de sécurité, Loule avait fermé ce soir-là. Tous s’installèrent et Marinette apporta l’alcool de poire. La chose était sérieuse.

Marcus commença avec un sourire gourmand en disant :

- C’est un plan diabolique, je vous avertis.

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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 14:09

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- Vous connaissez pas la meilleure de Monsieur le cureton ? cria-t-il, et sans même attendre une réponse, il enchaîna.

- Ce bastardet est allé à la mairie pour savoir si j’avais le droit de mettre des tables sous l’arbre de la place ! Si, si !  Que cet arbre, c’est mon pauvre père qui l’a planté à la barre à mine, en 18 à la fin de la guerre ! C’était son monument aux morts à lui ! L’arbre de la « dernière » qu’il disait ! Pauvre de lui.. Et l’autre foutriquet, il parle même de le faire abattre. C’est pas sur le cadastre qu’il dit ! Il prétend que c’est le parvis de l’église. Qu’il est dans son droit.

Il y eut un murmure de stupeur dans la salle, puis, rassuré par les réactions de son auditoire, Loule continua :

- Il dit que ça peut pas continuer comme ça, il leur a même dit un truc… heu ! … Macarel ! J’aurai dû l’écrire ! Ah, ça me revient, il a dit que le spirituel avait des droits sur les spiritueux…

Dire que quand j’étais gosse, je voulais pas que mes copains mettent des têtards dans le bénitier, maintenant j’y mettrais du vitriol... Oui, du vitriol…

- Mets-y plutôt ton anisette ! clama Antonin.

Cela détendit l’atmosphère, même Loule se mit à sourire, mais Antonin continua :

- Il faut faire quelque chose. Loule t’inquiète pas, on va pas le laisser faire, sinon il va nous construire un Vatican ici ! … Y a le voyage à Lourdes dans quinze jours, on pourrait lui faire le coup du Père Benoît ?

- Non ! Il faut réfléchir. Il faut lui donner une bonne leçon… Faut y réfléchir.. .conclut Marcus.

La salle retrouva le calme et le doux brouhaha des discussions, qui tournaient toutes sur le même sujet… Les rouges commençaient à en avoir assez de cet avorton de curé qui dictait sa loi. Il avait même ressuscité une procession qui empruntait le chemin des Vierges, un lieu où la moitié des filles du village avaient perdu leur vertu, et leurs compagnons leur pucelage. La démarche n’était donc pas innocente, le petit curé, sans doute renseigné par les confessions, voyait là un lieu de perdition. En aspergeant les moindres touffes d’herbe d’eau bénite et en enfumant d’encens les oliviers séculaires, il menait sa guerre contre le démon, son démon.

Marcus au bar, prit le bras de Loule et lui demanda :

- C’est toujours ton cousin qui conduit le car de Lourdes pour les Courriers du Sud.

- Ouais ! C’est le Norbert qui fait le voyage. Puis au regard éclairé de Loule, il questionna presque à demi voix :

- Pourquoi ? Tu as une idée ?

Marcus répondit par un sourire :

- Demain soir, prépare-nous une table dans l’arrière salle.

- Comme avec mon pauvre père ?

- Bien entendu, et on boira un coup en sa mémoire.

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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 18:20

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 D’ailleurs, quelques semaines plus tard, il se renseigna encore auprès de Marcus.

- Et luxure, ça veut dire quoi ? demanda-t-il en faisant bien attention à ne pas trébucher sur le mot.

- Oh là ! répondit Marcus, ça devient plus sérieux, la luxure, comment te dire… c’est quand tu vis dans la débauche, dans les plaisirs de la chair. C’est le Pétoulet qui t’a appris ça ?

- Oui ! Indirectement. Comment vous avez deviné ?

- C’est comme l’oisiveté, c’est un des péchés capitaux. Mais les curés, ils savent pas où mettre la limite. Pour eux, même si tu prends du plaisir quand tu fais une tendresse à ta femme, celle que tu as épousée, entendons-nous bien, et bien, même ça, c’est un péché. Hé oui !  Comme si les curés ils en savaient quelque chose, eux ? Ils voudraient qu’on  fasse des enfants dans la tristesse peut-être, c’est pas vrai Marinette.

Marinette, qui tenait le bar en l’absence de Loule, rosit un peu, mais approuvait du menton le discours de Marcus qui continua.

« Que votre semence ne serve qu’à la procréation », c’est ce que  disait mon confesseur au séminaire. De quoi je me mêle, franchement, et la sienne elle servait à quoi ? A faire des confitures ? Ils ont fait vœux de chasteté et voudraient t’expliquer comment perdre la tienne !  C’est comme si moi, je leur disais qu’ils devraient remplacer les hosties par des tranches de saucisson.

- C’est meilleur avec le vin de messe, surenchérit Antonin..

- Mais dis petit ? C’est pas ici que mon curé de la Pétoule a décrété qu’il y avait de la luxure ?

- Non ! Il a laissé entendre que ça se passait au Mas du Novi.

Le Mas du Novi était un ancien relais de diligence, reconverti en auberge, à quatre ou cinq kilomètres du village. La propriétaire des lieux était assistée dans son travail par deux jeunes femmes dont on ignorait les origines. C’est-à-dire qu’elles étaient étrangères… au canton. Mais, bien pire, on ne leur connaissait pas de maris, pas d’hommes, pas de réguliers en tout cas. Si bien qu’il se racontait un peu tout et n’importe quoi sur leurs mœurs. Certains affirmaient les avoir vu à la fête de Saint André au bras de cavaliers différents dans des postures qui ne laissaient pas douter de leurs relations. D’autres prétendaient les avoir vues se baigner toutes nues et s’embrasser au sortir du bain. Bref, elles focalisaient tous les phantasmes des villageois. La rumeur était allée jusqu’à prétendre qu’elles dansaient nues dans la garrigue les nuits de pleine lune. Il avait fallut à l’époque, toute la sagesse de l’abbé Benoît pour mettre fin aux médisances. Mais apparemment, le petit curé avait décidé de ressusciter la rumeur et les ragots.

- Hou là là ! Ça sent l’inquisition, préparons les fagots ! s’écria Marcus.

Sur ces propos, Loule fit son apparition dans le bar, une entrée comme au théâtre. Essoufflé, sans doute par une montée trop rapide, le teint empourpré par une colère qui le rongeait, il laissa éclater sa rage en prenant à témoin l’assistance. Derrière lui, la grande blouse de l’Espingle agitait les mains en signe de « ça va barder ».

Et ça barda. 

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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 18:15

 

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- Dis, Marcus ? Ça veut dire quoi l’oisivité ?

- L’oisiveté, reprit l’interpellé en insistant sur le e, l’oisiveté c’est vivre aux crochets des autres,  sans travailler. Qui c’est qui t’a appris ce mot, jeune ?

- C’est le Pétoulet qui a mis ça dans la tête de ma mère.

- Les curés ! Voilà des oisifs, ils ne prennent jamais des suées dans ce qu’ils font, va ! La clique au vieux baron, voilà d’autres oisifs. Leur seul souci, c’est de savoir comment ils viendront habillés à la messe du dimanche. Ces gens-là ont le travail en horreur et pas de respect pour ceux qui leur gagnent leur croûte. La seule aiguille qu’ait vue la baronne, c’est celle que son mari a entre les jambes, et encore je m’avance un peu, peut-être elle connaît mieux celle du jardinier… Ne rigole pas petit, ces gens-là n’ont rien d’autre à faire. Quand tu n’as pas de tracas pour avoir de l’argent, tu peux faire le mariol.

- Non, je ris parce que le petit curé il dit que c’est ici qu’on apprend l’oisivité.

Marcus ne releva pas la faute, il fronça les sourcils, gonfla la poitrine et commença rapidement sa phrase :

- Mais pour qui il se prend ce caganis en soutane? Il vient nous aider à labourer avec sa robe de veuve ? Vous entendez ça ? Il va peut-être nous apprendre à manier le bigos ? Ah ! Ça, il prendra pas un tour de rein en égrenant son chapelet !

- Ne vous énervez pas, dit le jeune homme, je voulais juste savoir ce que ça voulait dire.

- Mais tu as raison ! Tu sais les curés, s’ils disent leur messe en latin et s’ils emploient des mots savants, c’est pour te faire croire qu’ils te sont supérieurs.  C’est pas les seuls, remarque ! Mais ne t’inquiète pas, je serai toujours là pour t’expliquer d’autres mots si tu les comprends pas. J’ai eu la chance d’apprendre, et apprendre à l’école ça ne rend pas plus intelligent, mais ça évite surtout qu’on te prenne pour un couillon.

Marcus parlait ainsi avec affection au jeune Julien, il n’avait que deux filles, et ce garçon lui plaisait comme un fils. Comme lui, il avait été obligé de quitter l’école, mais pas au même niveau, ni pour les mêmes raisons. A seize ans, Julien était pratiquement chef de famille, trois frères et sœurs, un père estropié à la suite d’un accident, et une mère courageuse, le condamnaient à gagner leurs vies. Mais le jeune homme ne se plaignait que d’avoir abandonné l’école, il aurait aimé continuer au moins jusqu’au certificat d’étude. Il venait ici pour pouvoir lire le journal gratuitement.

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24 septembre 2011 6 24 /09 /septembre /2011 08:23

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Des voitures, dans le village il n’y en avait pas beaucoup, et dans le quartier haut, seul l’Espingle possédait une vielle Simca fourgonnette que tout le monde appelait « la trapanelle ». Les enfants avaient d’ailleurs inventé un jeu avec les voitures, ceux du bas du village lorsqu’ils reconnaissaient, au bruit, le modèle de voiture qui passait sur la route avaient le droit de pincer leurs compagnons,  ceux du haut quartier se pinçaient simplement quand ils entendaient arriver la trapanelle. La quatre chevaux du curé allait les perturber, surtout que, ne doutant pas de la  protection de Saint Christophe à son sujet, le curé roulait à tombeau ouvert, si l’on peut dire.

L’accrochage qu’il eut en ratant le virage du pont le calma un peu. Il fallut remplacer l’aile droite du véhicule, mais comme le nouveau garagiste, ancien ferronnier, n’était pas encore formé aux techniques de la peinture sur tôle,  la voiture arborait fièrement une aile banche qui tranchait avec sa couleur bleu nuit d’origine. "Une aile d'ange".

Mais le vrai talent que possédait le petit curé ne prenait tout son sens qu’en son église pendant la messe. Orateur hors pair, il possédait un charisme mêlé de passion qui conférait au divin. La chaire effaçant sa petite taille, le public restait hypnotisé par tant de prouesses verbales, d’éloquence, de rhétorique. Une hypnose collective empreinte de sacré. Lorsque d’un ton de prédicateur, il annonçait, levant le doigt au ciel, la présence de Dieu dans l’assistance, les bonnes âmes tremblaient d’émotion et les mauvaises de peur. Les gamins s’attendaient à voir la voûte centrale de l’édifice s’ouvrir au son fracassant de trompettes célestes, la lumière inonder l’église obscure et des angelots voleter comme des étourneaux autour de l’autel.

La communion, point d’orgue de la cérémonie, ne pouvait mieux porter son nom tant le curé et son auditoire étaient transportés par la foi sur les chemins de la rédemption. Amen. 

L’ambiance retombait un peu à la sortie, la proximité de la terrasse du café avec ses convives rigolards et bruyants ramenait rapidement les fidèles à la concrète réalité, moins spirituelle sans doute, mais tellement plus humaine.

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